Smicval Market, le supermarché inversé où tout est gratuit

Publié le 14 décembre 2021 (modifié le 24 janvier 2022 à 17h45)
Par Julie MARIE
Temps de lecture : 4 mins
À Vayres en Gironde, Nicolas Sénéchaud a créé le Smicval Market, un supermarché du troc où tout est gratuit. Échanger plutôt qu’acheter, c’est la devise de ce lieu inédit en France qui a ouvert ses portes en 2017 à la place d’une déchetterie affiliée aux 138 communes de la Gironde. Dans ce supermarché, les usagers viennent déposer les objets dont ils ne se servent plus et peuvent par la même occasion en récupérer d’autres gratuitement. Nous avons eu la chance de nous entretenir avec Karine Pain, responsable communication du syndicat en charge de la collecte et du traitement des déchets, qui nous en dit un peu plus sur ce système hors du commun.

L’économie circulaire au cœur du concept de Smicval Market

Jeux de société, livres, matériaux ou encore petits mobiliers... tous ces objets que certains considèrent comme des déchets, peuvent en ravir plus d'un ! Empruntant tous les codes de la grande distribution - rayonnage, signalétique, couleurs, caddies -, le Smicval Market vient déconstruire la société de surconsommation. Tout est fait de sorte à ce que le client ne soit pas dépaysé et fasse ses courses gratuitement !

L’objectif ? Réduire au maximum la production de déchets des habitants du département de la Gironde. Cette ambition est en bonne voie pour Karine Pain qui nous livre les premiers chiffres : « Plus de 85 % des objets déposés sont revalorisés ». « Ça fait 60 % de déchets en moins qui partent à l’enfouissement, c’est énorme » précise-t-elle. D’après le site du Smicval Market, 10 000 objets par an y sont échangés plutôt que jetés. Parmi ces objets, une catégorie a particulièrement la cote : les jouets. Ce sont plus de huit jouets déposés sur dix qui bénéficient d’une seconde vie.

La démarche s’inscrit donc totalement dans l’économie circulaire et permet d’éviter le gaspillage : les objets qui peuvent être réutilisés sont réintroduits dans un circuit de consommation.

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Smival Market, le supermarché où tout est gratuit ©SMICVAL

Encourager une prise de conscience et un changement des comportements

Derrière le concept du Smicval Market se cache également l’intention de changer le regard de tout un chacun sur les déchets, comme nous l’explique Karine : « Ça va au-delà de la gestion des déchets, on essaie vraiment d’impulser une prise de conscience au niveau des habitants dans leur manière de penser leur consommation. On essaie de faire évoluer les comportements pour que chacun se questionne en amont et limite sa production de déchets. C’est s’attaquer aux causes plutôt qu’aux conséquences ».

Le Smicval Market, c’est aussi un lieu de rencontre entre bricoleurs, chineurs, amateurs ou professionnels qui se croisent, se conseillent, et le tout avec respect. « Le lien social est là, il y a vraiment un échange qui se fait sur ce site », nous confirme la responsable communication du lieu. Elle nous confie aussi que le supermarché est à l’origine de belles anecdotes. Elle évoque ce jeune retraité habitué du Smicval Market qui récemment, a envoyé aux créateurs du lieu, les photos de sa salle de bain qu’il a pu refaire intégralement sans dépenser un sou.

Le défi semble réussi pour les élus qui souhaitaient mettre en place un écosystème liant environnement, social et économie tout en étant soutenable et durable pour le territoire. Au vu du succès rencontré, deux autres projets similaires sont en cours de conception en Gironde, l’un sur Reignac, en partenariat avec la Communauté de Communes de l’Estuaire et l’autre sur Libourne.

Vers une société sans gaspillage

En tant que responsable communication du syndicat en charge de la collecte et du traitement des déchets, Karine Pain est optimiste face aux diverses initiatives liées à l’économie circulaire qui voient le jour aujourd’hui en France. « On arrive à un modèle qui est à bout de souffle. Il faut vraiment réussir à fonctionner autrement pour démontrer qu’un autre modèle est possible. C’est au travers de ces nouvelles initiatives qu’on réussira à replacer le citoyen au cœur de sa responsabilité et qu’on arrivera à réduire la quantité des déchets ».

« Il faut vraiment réussir à fonctionner autrement pour démontrer qu’un autre modèle est possible. »

C’est aussi le but de la loi anti-gaspillage (Agec) qui souhaite transformer notre système en profondeur en le faisant passer d’une économie linéaire où produire, consommer et jeter sont les maîtres-mots, à une économie circulaire. L'interdiction de détruire les invendus non alimentaires fait partie des mesures phares de cette loi, elle sera mise en place à partir du 1er janvier 2022. Le textile, les produits électriques et électroniques, mais également d’après le ministère de la transition écologique « les piles, les meubles, les cartouches d’encre, les produits d’éveils et de loisirs, les livres et fournitures scolaires, mais aussi les produits d’hygiène et de puériculture » ne pourront plus être incinérés comme ils le sont actuellement.

L'agence de la transition écologique (ADEME) estime à 4,3 milliards d’euros la valeur des invendus non-alimentaires en France en 2019, dont seuls 27 % sont recyclés. Ce ne sera bientôt plus le cas, car pour tous ces secteurs, les producteurs, importateurs et distributeurs de produits non alimentaires ne pourront plus les mettre à la décharge ou les incinérer si ces derniers n'ont pas été vendus. Ils devront au contraire privilégier le don, le ré-emploi et le recyclage. Une démarche dans laquelle s’inscrit totalement le Smicval Market.