Plus aucune restriction pour les hommes homosexuels qui souhaitent donner leur sang

Publié le 12 janvier 2022
Par Julie MARIE
Temps de lecture : 4 mins
Pour la première fois depuis 1983, les hommes homosexuels vont pouvoir donner leur sang sans condition. C’est en tout cas ce qu’a annoncé le ministre de la Santé Olivier Véran le mardi 11 janvier. Cette décision qui donnera accès au don du sang à tous les Français, quelle que soit leur orientation sexuelle, prendra effet le 16 mars 2022.

Plus aucune question sur l'orientation sexuelle dans le questionnaire préalable au don du sang

Interdit pendant presque 40 ans aux hommes homosexuels et autorisé sous conditions d’une période d’abstinence de quatre mois depuis 2016, le don du sang sera ouvert à tous dès le 16 mars sans restriction. Il n’y aura « plus aucune référence à l’orientation sexuelle », dans les questionnaires préalables au don du sang, a annoncé ce mardi 11 janvier le ministre de la Santé Olivier Véran dans un communiqué de presse. « Nous mettons fin à une inégalité qui n’était plus justifiée » déclare-t-il. Les critères de sélection seront désormais les mêmes pour tous les donneurs, peu importe leur orientation sexuelle.

Le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, qualifie lors d'un point presse, ce nouveau texte d’« évolution sociétale majeure » dans la volonté de supprimer toute discrimination. La nouvelle version du questionnaire qui doit être rempli avant chaque don ne comportera plus que des questions concernant d’éventuels comportements individuels à risque, comme la consommation de drogue ou le multipartenariat.

De nombreux pays comme l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre ou encore le Brésil avaient déjà fait évoluer dans ce sens leurs conditions pour accéder au don du sang.

Une prudence de mise pour les associations LGBT+

Le don du sang avait été interdit aux hommes homosexuels en 1983 lors de l’épidémie de sida, à cause des risques de transmission de l’infection sexuellement transmissible (IST). En 2016, une avancée majeure avait déjà été faite, leur réautorisant le don du sang à condition de déclarer une période d’abstinence sexuelle d’un an, puis de quatre mois en 2019. Aujourd'hui, le combat contre cette inégalité marque un nouveau tournant, accordant l’accès des hommes homosexuels au don du sang dans les mêmes conditions que les personnes hétérosexuelles. La différence de traitement était jusqu’ici justifiée par l’augmentation du risque de contamination au VIH chez les hommes homosexuels, risque qui a considérablement baissé ces dernières décennies. En 1990, un don sur 310 000 pouvait être positif au sida sans être détecté, probabilité aujourd’hui quarante fois moindre selon le communiqué de presse du gouvernement.

Seul un nouveau critère sera ajouté au questionnaire précédant le don du sang. Celui-ci porte sur la prise ou non d’un traitement pré ou post-exposition au VIH (la Prep). La prescription de ce traitement pourrait conduire à un report du don de quatre mois à compter de sa dernière prise.

Cette avancée est considérable pour les associations LGBT+ qui se battent depuis longtemps pour une meilleure égalité face au don du sang. L’association SOS homophobie a d’ailleurs relayé sur ses réseaux sociaux la publication du compte Instagram militant Le Coin des LGBT+ qui recense l'actualité, l'histoire, la culture et les témoignages de la communauté LGBT+.

 
 
 
 
 
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SOS homophobie dit tout de même rester « vigilant.es sur l’application de cette bonne nouvelle, notamment sur la formulation des questions posées aux donneur.ses ». Il faudra en effet attendre le 16 mars pour voir ce décret s’appliquer, délai nécessaire pour le ministère de la Santé qui souhaite permettre aux différents acteurs de s’approprier les nouvelles réglementations et ainsi éviter toute discrimination qui serait liée à une mauvaise compréhension du texte.

Un besoin de don du sang plus fort que jamais

Le besoin de don du sang est aujourd’hui plus fort que jamais, d'autant plus avec la pandémie de Covid-19 qui engendre une multiplication d'hospitalisations. L’Établissement Français du Sang (EFS) estimait le 11 janvier 2022 son stock à 77 000 concentrés de globules rouges. Pour Cathy Bliem, Directrice Générale de l’EFS, il en faudrait 100 000 pour subvenir à une demande des établissements de santé de plus en plus accrue.

Aujourd’hui en France, toute personne ayant entre 18 et 70 ans et pesant plus de 50 kg est jugée apte à donner son sang. Certains donneurs sont plus recherchés que d’autres, comme les personnes de groupe O- qui ne représentent que 6 % de la population alors qu’elles peuvent donner leur sang à la quasi totalité des receveurs, mais tous les groupes sanguins sont compatibles avec le don du sang. Il existe toutefois certaines contre-indications. Ne peuvent pas donner leur sang :

  • les femmes enceintes ou ayant accouché dans les six derniers mois
  • les personnes qui se sont fait tatouer ou percer dans les quatre derniers mois
  • les individus sous antibiotiques ou ayant bénéficié de soins dentaires récents
  • les personnes ayant voyagé au cours des quatre derniers mois vers une destination frappée par le paludisme
  • celles et ceux ayant déjà donné leur sang au cours des huit dernières semaines

Certaines contre-indications sont néanmoins permanentes. Pour savoir si vous êtes éligible au don du sang, l’EFS propose une auto-évaluation qui vous permettra également de trouver à proximité de chez vous un lieu de collecte.