Black Friday : pourquoi ne pas y participer et quelles solutions pour riposter ?

Publié le 26 novembre 2021
Par Mélanie Appadoo
Temps de lecture : 4 mins
En 2020, 1,1 milliard d’euros ont été dépensés à l’occasion du Black Friday en France, soit une hausse de 15 % par rapport à l’année précédente. Ce "vendredi noir" réputé pour ses prix bradés et ses soldes alléchantes, attire chaque année de plus en plus de consommateurs séduits par l’idée de faire de bonnes affaires avant les fêtes de fin d’année. Pourtant, l’impact environnemental du Black Friday est sans appel. Voici quelques chiffres effarants sur les deux industries les plus prisées -la mode et la tech- qui ne donnent pas envie de participer à cette journée marquée d’une pierre noire.

80 % des textiles envoyés à la Déchetterie chaque année en Europe, un gaspillage colossal

Entre la production des matières premières nécessaires pour confectionner un vêtement et l'acheminement de celui-ci aux quatres coins du monde, en passant par sa fabrication -en un temps record- et les conditions dans lesquelles il a été conçu, la mode a un coût et il n’est pas qu’économique ! L’industrie de la mode, et plus précisément la fast-fashion, a un impact environnemental et sociétal qui fait d’elle le 2e secteur le plus polluant après le pétrole. Elle représente à elle seule 1,2 milliard de tonnes de CO2, soit 2 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Une part qui pourrait atteindre 26 % d’ici 2050 si rien n’est fait, selon Greenpeace.

Une infographie de l’Agence de la transition écologique (ADEME) réalisée en partenariat avec Qu’est-ce qu’on fait illustre parfaitement les dégâts colossaux engendrés par l’industrie textile. Les chiffres qui ressortent de cette étude font froid dans le dos et invitent à réfléchir à deux fois avant tout achat frénétique d’un petit haut à 3 euros qui sera porté une dizaine de fois à peine, avant de finir au fond d’un placard. En Europe, 80 % des textiles utilisés ne sont pas recyclés. Ils sont jetés dans les bennes à ordures et finissent incinérés.

Pour limiter le gaspillage textile et consommer de manière plus réfléchie, le label éco-responsable Slow We Are a récemment publié un guide anti-consumériste intitulé "La face cachée des étiquettes" dans lequel il aide le consommateur à mieux déchiffrer les étiquettes et à se méfier du greenwashing. Sur sa page Facebook, Slow We Are partage des conseils pratiques pour allonger la durée de vie des vêtements et des astuces pour mieux les entretenir. Savez-vous, par exemple, que la laine est une matière respirante -qui ne conserve pas les bactéries et les odeurs- et qu'il n'est pas nécessaire de laver trop souveent ses vêtements en laine ? CQFD.

54 kg de CO2 émis par un téléviseur au bout d’un an

Partagé entre l’envie d’acquérir une nouvelle télévision deux fois plus grande avec une meilleure qualité d’image et l’obligation de changer son lave-vaisselle qui ne fonctionne plus très bien, le passage à l’achat est tentant. Chaque année, à l’occasion du Black Friday, les objets électroniques et électroménagers ont le vent en poupe. L’ADEME distingue l’obsolescence programmée qui consiste à réduire délibérément la durée de vie d’un objet afin que le consommateur soit amené à le remplacer rapidement et l’obsolescence culturelle qui elle, repose sur les pulsions du consommateur abreuvé de publicités alléchantes l'invitant à acquérir un objet plus performant et plus séduisant. 88 % des Français changent de téléphone portable alors qu’il fonctionne encore, selon l'ADEME.

De plus, tous ces objets électriques et électroniques -smartphone, tablette, télévision, four, lave-vaisselle, réfrigérateur…- rejettent une grande quantité de gaz à effet de serre. Toujours selon l’ADEME, en un an, un téléviseur de 100-125 cm rejette à lui seul 54 kg de gaz à effet de serre entre sa construction et son utilisation. Aujourd’hui, le monde croule sous les 57,4 millions de tonnes de déchets électroniques n’ayant pas pu être recyclés ou réparés. De même que pour le textile, de nombreuses solutions existent pour allonger la durée de vie des appareils électroniques (les Repair Cafés pour apprendre à les réparer, les achats d’occasion pour éviter la production de nouvelles matières premières, les entretiens des appareils pour allonger leur espérance de vie…)

Ces marques qui contre-attaquent le Black Friday et prônent le Green Friday

Depuis la création du Green Friday, plus de 500 structures ont rejoint le mouvement pour contre-attaquer le Black Friday et inviter à consommer de manière plus responsable. Membres pour la plupart du Green Friday, elles ont décidé, plutôt que de brader leurs prix, de lutter contre la surconsommation en menant par exemple des actions solidaires ou en organisant des ateliers DIY.

C’est le cas par exemple de la marque de baskets vegan Zeta qui s’est associée à la marque de soins et d'hygiène Respire pour lancer un appel à dons à destination de l’association Agir pour la santé des femmes. Le 26 novembre, jour du Black Friday, les deux structures inversent la tendance et invitent tout un chacun à venir déposer des vêtements chauds entre 9h et 19h dans les bureaux de Respire situés au 8 rue de Valenciennes, dans le 10e arr. de Paris. 

Tout comme les membres de l'association Green Friday qui s'engagent à reverser 10 % de leur chiffre d'affaires à des associations engagées, de nombreuses entreprises ont suivi le pas. 900.care, spécialisée dans les produits d'hygiène, a décidé de reverser l’intégralité des ventes effectuées sur son site le 26 novembre à Wings of the Ocean, une association qui dépollue les océans. La marque de vêtements responsables Les Récupérables profitera quant à elle de cette journée pour animer un atelier broderie en collaboration avec Ding Fring-le relais, membre d'Emmaüs France. Comme nous l'expliquait Camille Rognant du Réseau Franciliens des Acteurs du Réemploi (REFER), « le Green Friday, c'est pas que de la vente, c'est aussi la promotion du réemploi, de la réutilisation, du faire soi-même et de la réparation ».

Dans cette optique de trouver une alternative durable au Black Friday, les collectifs Make Friday Green Again et Green Friday ont lancé une pétition adressée à la/au futur(e) Président de la République avec un message clair : « Chacun a des besoins essentiels et nos vies se construisent en consommant. Nous ne devons blâmer aucun consommateur qui fait un achat réfléchi. L’enjeu prioritaire est de redéfinir notre notion de besoin pour ne jamais l’outrepasser. Pour la France, nous comptons sur vous pour choisir, vous aussi, une alternative durable au Black Friday dès 2022, en prenant des décisions d’avenir. Transformons en actes les Accords de Paris. »