Autisme : en finir avec les préjugés

Publié le 5 avril 2019 (modifié le 20 février 2023 à 22h17)
Par One Heart
Temps de lecture : 3 mins

Près de 700 000 personnes sont concernées par l’autisme en France. Malgré les nombreux progrès qui ont été réalisés notamment dans la compréhension de ce trouble ainsi que dans son accompagnement, il est encore victime de trop nombreux préjugés. 

1. La personne autiste dispose d’une intelligence supérieure

C’est une remarque que l’on entend souvent mais qui selon Danielle Langloy, présidente de l’association Autisme France, est basée sur de fausses croyances. En effet, « 30 à 40 % des personnes autistes ont un trouble du développement intellectuel associé ». Autrement dit ces personnes ont des troubles sévères qui mettent en difficulté leur apprentissage et leur autonomie.

Pour autant, « la personne autiste peut également être haut potentiel mais ce n'est pas automatique» affirme Laurent C, lui-même ayant un trouble du spectre autistique et à l’origine de la BD « Journal d’un psychopathe » qui aborde l’autisme de manière décalée. Et même s’il peut y avoir « des personnes placées très haut dans le spectre de l’autisme avec des compétences particulières, cela reste une petite minorité que l’on montre à la télévision car c’est en quelque sorte « fascinant » » précise Danielle Langloy.

2. La « Mère réfrigérateur » responsable de l’apparition de l’autisme chez l’enfant

C’est une théorie qu’avançait le pédopsychiatre américain Leo Kanner dans les années 1940. La mère était alors accusée de carences éducatives ou affectives envers son enfant. Les conséquences pouvaient aller du repli sur lui-même jusqu’à l’autisme. Or « depuis 1980, l’Organisation Mondiale de la Santé a défini l’autisme comme un trouble neurodéveloppemental, un trouble de la maturation du système nerveux central » explique la présidente de l’association Autisme France.

La France a longtemps été marquée par une « culture psychanalytique freudo-lacanienne » qui a culpabilisé la mère et a influencé les formations des psychologues, médecins et travailleurs sociaux en ce sens analyse Danielle Langloy. Il a fallu attendre 30 ans de plus en France pour que la responsabilité de la mère soit écartée. Ainsi, en janvier 2010, la Haute Autorité de Santé statue que les caractéristiques psychologiques des parents n’entrent pas en ligne de compte dans l’autisme.

3. L’autisme est peu perceptible par autrui

« Un trouble du spectre autistique, c'est une notion qui échappe à la plupart des gens » témoigne Laurent C. De là, une image erronée de la personne autiste s’installe dans l’esprit des gens. La médiatisation de certaines personnes à haut potentiel ayant le syndrome d’Asperger occulte parfois les difficultés sociales auxquelles sont confrontées les personnes autistes. « C'est un peu pour ça que j'ai commencé à mettre en BD mon trouble, c'est la partie invisible que les gens, y compris ma famille, ne voient pas ».

Et même s’il peut y avoir une forme d’ignorance collective, « dans les formes les plus sévères d’autisme, à savoir 30 à 40% des personnes concernées, l’autisme saute aux yeux » affirme la présidente de l’association Autisme France. L’agitation, les cris ou encore le flapping (mouvements saccadés des mains) sont tout autant de « stéréotypies motrices » visibles. Enfin les difficultés de communication mais également les problèmes sensoriels (peur du bruit) sont des caractéristiques visibles et communes à la majorité des personnes autistes.

4. La personne autiste refuse de communiquer

« La personne autiste n’est pas dans sa bulle, elle n’a tout simplement pas le mode d’emploi pour entrer en relation avec les autres sauf si on le lui apprend » avance Danielle Langloy. Face au sentiment de solitude que provoque le manque de lien social, l’apprentissage de l’autonomie sociale est primordial pour les personnes les plus en difficulté. Cela commence par le choix d’une activité qu’elles aiment particulièrement.

Pour ceux et celles qui ont des « compétences intellectuelles préservées », il s’agit de leur expliquer les attentes sociales et notamment la construction d’un environnement affectif ou social. Même si ces notions ne sont pas simples à assimiler pour les personnes autistes, ces dernières restent « très demandeuses » de lien social conclue-t-elle. Quant à Laurent C, il estime avoir besoin des autres car ils l’inspirent et l’aident à le « relier à la réalité collective ». Pour autant l’interaction avec autrui doit toujours être vécue selon son propre rythme s’il ne veut pas se sentir « débordé ou fatigué ».

 

 

Nicolas Medinger

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