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Toiles publicitaires, toiles de montgolfière… plutôt que de les jeter, ils en font des accessoires

Publié le 1 octobre 2021 (modifié le 20 octobre 2021 à 10h55)
Par One Heart
Temps de lecture : 4 mins

Des sacs de voyage fabriqués à partir de toiles publicitaires géantes usagées, des trousses de toilettes réalisées avec des anciennes housses de siège Air France ou encore des parapluies en toile de montgolfière… ce ne sont pas les idées qui manquent à bilum pour redonner une seconde vie à toutes ces matières qui généralement finissent incinérées. Hélène de La Moureyre nous raconte comment elle est parvenue, malgré le scepticisme des uns et des autres au début, à lancer bilum qui s’impose aujourd’hui comme la marque référente de l’upcycling en France.

 

Donner une seconde vie aux bâches publicitaires pour éviter qu’elles ne finissent incinérées

En ville, elles trônent sur les façades des grands magasins ou encore recouvrent des immeubles en travaux ; pourtant, elles n’ont qu’une durée de vie limitée, certaines quelques mois, d’autres quelques jours à peine. Les bâches publicitaires fabriquées à partir de PVC, une matière plastique très appréciée pour son côté souple, rigide et imputrescible, ne sont malheureusement pas biodégradables ou même difficilement recyclables. Ce sont donc des milliers de mètres carrés de matières qui finissent incinérées, générant au passage des dioxines néfastes pour l’Homme et pour l’environnement. 

Face à ce fléau écologique, Hélène de La Moureyre, qui pendant une dizaine d’années commercialisait des toiles publicitaires gigantesques, décide de tout arrêter pour revaloriser cette matière sous-estimée. Inspirée par ce qui se fait dans les pays en voie de développement et aussi par la marque suisse Freitag depuis 1993 - à savoir recycler des bâches de camions en sacs et accessoires -, Hélène commence à imaginer de belles choses avec les bâches publicitaires très appréciées pour ses aspérités graphiques. C’est ainsi que bilum naît en 2005, avec la volonté de transformer les immenses toiles publicitaires en accessoires. Hélène se rappelle encore des débuts difficiles, entre les heures passées à découper les longues toiles en lanières, à les laver une par une dans la baignoire de son petit studio parisien et les heures à présenter le concept sous le regard dubitatif des artisans. « Il y a 15 ans, le marché n’était pas du tout prêt à payer le prix des choses, que ce soit d’un côté, le made in France et de l’autre, l’upcycling, qui prend du temps », confie la jeune entrepreneure.

 

atelier-bilum-upcyclingLes bâches publicitaires découpées en lanières, à la main, avant d’être transformées en sacs ©bilum

 

250 000 créations uniques à partir de toiles et affiches publicitaires, de gilets de sauvetage, de blousons de la gendarmerie nationale… 

Malgré des réactions sceptiques et mitigées, Hélène ne baisse pas les bras et continue de frapper à toutes les portes. Elle finit par trouver un atelier avec qui elle commence à élaborer les premières pièces de bilum. Quinze ans plus tard, bilum s’est imposée comme la référence de l’upcycling en France avec plus de 250 000 créations uniques conçues uniquement à partir de matières récupérées du secteur de l’aviation, de l’événementiel, de l’hôtellerie… « Aujourd’hui, on a plus de 20 matières différentes, très étonnantes à travailler, soit parce qu’elles sont intéressantes d’un point de vue technique et graphique, soit parce qu’elles ont une histoire folle à raconter » explique-t-elle. Hélène nous raconte ainsi comment elle et ses équipes sont parvenues à donner une seconde vie aux housses de siège Air France ainsi qu’à leurs gilets de sauvetage qui ont une durée de vie limitée. 

Un tote bag fabriqué à partir du drapeau français qui survolait le Grand Palais, un parapluie en toile de montgolfière, une trousse de toilette réalisée à partir des blousons de la gendarmerie nationale ou encore un sac de voyage conçu à partir de bâches publicitaires... autant de créations uniques et étonnantes qui ont nécessité des heures de travail. « Même si la matière ne coûte rien au départ, il faut aller la chercher, il faut la travailler, la nettoyer ; la couper pièce par pièce » détaille Hélène avant d'ajouter : « La matière que nous récupérons nous coûte parfois plus chère que la matière neuve parce qu’elle demande du temps, de l’humain, du salaire (qui n’est pas au même taux qu’en Chine), pour la travailler ».

 

blouson-gendarmerie-trousse-toilette-bilumLes trousses de toilette de bilum, réalisées à partir des blousons de la gendarmerie nationale. ©bilum

 

« Faire de bilum un espace d’upcycling en France »

Pour upcycler toutes ces matières et confectionner des créations exceptionnelles, bilum travaille main dans la main avec sept ateliers; tous situés en France dont 4 ESAT, des structures accueillant des personnes en situation de handicap. Pour Hélène, il était indispensable de valoriser le savoir-faire français et le circuit court, leur atelier étant situé à onze kilomètres de Paris, à Choisy-le-Roi. « Ce que j’aime, c’est de montrer très concrètement que l’on peut faire vraiment différemment tout en étant un acteur à part entière » confie-t-elle.


Contrairement à il y a quelques années, les entreprises n’hésitent pas à faire appel à la maison de création pour transformer leurs supports de communication en objets innovants et exclusifs et ainsi valoriser leur image de marque. En 15 ans, ce ne sont pas moins de 20 tonnes de matières qui ont retrouvé une seconde vie grâce à bilum. Pour Hélène, « l’upcycling est en train de prouver qu’il est essentiel » d’un point de vue à la fois environnemental car « on évite de ponctionner la planète de nouvelles ressources » indique-t-elle, mais aussi d’un point de vue socio-économique : « C’est une magnifique opportunité de relocalisation et de création d’emplois ! ».


À long terme, la marque ambitionne de développer son propre atelier de confection en Ile-de-France et « faire de bilum un espace d’upcycling en France ». En attendant, Hélène et son équipe ne cessent de nous impressionner, notamment avec leur nouvelle collection Isocèle conçue à partir de rouleaux de tissus d’ameublement, en collaboration avec le designer Stephan Lanez.

 


Par Mélanie Appadoo