"Different is Beautiful 2.0", le projet qui change le regard sur le handicap

Publié le 25 février 2022
Par Julie MARIE
Temps de lecture : 3 mins
Francesca Clayton a entamé début février son tour de France photographique. Son projet ? Parcourir plusieurs villes de l'hexagone afin de capturer la beauté de personnes porteuses de handicap. Dans son projet intitulé "Different is Beautiful 2.0", la passionnée de photographie souhaite, à travers l’objectif de son appareil, mettre en avant la différence. Elle espère pouvoir exposer en 2023, exposition dont les bénéfices seront reversés à la Fondation de la Paralysie Cérébrale. La trentenaire d’origine britannique répond à nos questions.

D’où vous est venue cette envie de mettre en valeur les personnes porteuses de handicap ?

J’ai grandi avec une amie qui est atteinte d’une paralysie cérébrale. On faisait des sorties, comme toutes copines… À chaque fois que nous nous trouvions en société, que nous croisions des gens, c’était très compliqué pour moi d’accepter le regard que les gens portaient sur elle parce que sa paralysie se traduisait par une démarche bancale très prononcée. On a tous tendance à regarder les personnes qui nous semblent "différentes", mais quand ça devient des regards insistants c’est là que c’est beaucoup plus lourd. En grandissant,  je me suis découvert une passion pour la photographie et une idée a mûri dans ma tête : je me suis dit que via cette passion, je pouvais essayer de mettre en avant ces personnes, de leur apporter quelque chose et que chacun puisse voir le handicap différemment en le voyant sous le regard de la photographie.

Pensez-vous qu'avec des photos les gens puissent changer de regard sur le handicap ?

Moi mon but au début, c’était justement de changer le regard que peuvent porter les gens par rapport au handicap. Au fur et à mesure que le projet avançait, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de messages à faire passer. Il y a par exemple des messages pour ceux qui sont valides, pour qu’ils puissent voir le handicap autrement, pour les aider aussi à comprendre certains handicaps comme ceux qui sont invisibles ou d’autres qui sont tabous et dont on ne parle pas assez.

Quel message souhaitez-vous transmettre à travers ces portraits ?

Beaucoup de différents messages circulent à travers ces clichés. Le projet permet aussi aux modèles de faire passer leurs messages à eux. Ils peuvent expliquer ce qui leur est arrivé, les complications qu’ils auraient pu avoir. D’autres modèles préfèrent mettre en avant ce qu’ils sont aujourd’hui. En lisant les histoires de vie des modèles que je prends en photo, "Different is Beautiful 2.0" peut aussi permettre aux autres personnes invalides de se sentir moins seules et mieux représentées. Il y a vraiment des messages pour tout le monde à travers ce projet.

Comment réagissent les modèles face à l’objectif ?

Ils sont tous très partants. L’appel à candidatures est ouvert à tout type de handicap, mon seul critère étant que les modèles aient justement envie de faire passer un message, de parler d’eux, de se surpasser. D’autres souhaitent aussi sortir de leur zone de confort. Les personnes qui viennent, c’est qu’elles en ont envie. L’appel à candidatures est d’ailleurs toujours ouvert : j’imaginais le projet au début avec une dizaine de modèles, mais vu l’ampleur que ça a pris aujourd’hui, je suis à 82 modèles partout en France et je me suis fixé l’objectif de 100 modèles !

Une anecdote sympa à me partager ?

J’avais photographié une fille en 2015 et c’est là que j’ai réalisé toute la beauté du projet. Cette photographie, c’est ma photo principale pour "Different is Beautiful 2.0", je l’utilise quasiment sur tous mes supports. À chaque fois que quelqu’un la regarde, on me dit « Waouh, qu’est-ce qu’elle est belle ! » et dans un deuxième temps on me dit « Oh, il y a un fauteuil ! ». C’est là que j’ai réalisé que les spectateurs voient d'abord la personne et ne remarquent son handicap que dans un second temps. Ce n’est pas « MAIS elle est handicapée », il n’y a jamais de connotation négative. Ce qui ressort le plus, c’est vraiment la beauté de la personne.

Audrey-Francesca-Clayton
Audrey ©Francesca Clayton

Quand pourra-t-on voir le résultat de votre projet ?

Je vais publier sur mes réseaux sociaux certains clichés tout au long de l’année. Après, pour chaque modèle, 5 à 6 clichés sont retenus et leur sont donnés pour les remercier de leur temps et de leur participation. Seule une photographie prise reste secrète et est mise de côté pour l’exposition qui sera en 2023 j’espère. J’aimerais la faire à Bordeaux et qu’elle se déplace ensuite dans toutes les villes de France où j’ai pris des modèles en photo, que ce soit une exposition mobile. Je voudrais même en faire un événement dont les fonds iront à la Fondation de la Paralysie Cérébrale. Pour finir, j’aimerais la faire exposer sur Paris avant le lancement des Jeux paralympiques en 2024.