La langue des signes bientôt enseignée dans les collèges et lycées parisiens ?

Publié le 26 janvier 2022
Par Julie MARIE
Temps de lecture : 3 mins
Anne Hidalgo, maire de Paris, a annoncé le 19 janvier 2022 qu’elle et l’Académie de Paris souhaitaient que la langue des signes française (LSF) soit enseignée dans tous les collèges et lycées publics de la capitale dès la rentrée prochaine. C’est après la visite de la seule école élémentaire parisienne qui prévoit un enseignement en langue des signes (située rue de la Turenne) que la maire a pris cette décision. Elle souhaite ainsi permettre aux élèves d'entamer ou de poursuivre l’apprentissage de ce langage gestuel.

L’apprentissage de la langue des signes française dans les établissements du secondaire pour une meilleure inclusion

L’enseignement de la langue des signes française est à ce jour quasiment inexistant à Paris, mis à part au sein de l’école Victor Hugo située dans le 3e arrondissement de la capitale qui le distille aux élèves du CP jusqu’au CM2. Soulignant « un très bel exemple d’inclusion » lors de sa visite de cet établissement, Anne Hidalgo a déclaré à l’AFP vouloir faire de la langue des signes une langue à part entière. Elle souhaite rendre son apprentissage possible dans l’ensemble des écoles parisiennes. La maire et l’Académie de Paris se sont donc mis d’accord pour permettre l’enseignement de la LSF dans le secondaire public et, ce, dès la rentrée prochaine.

Cependant, l’enseignement de la LSF dans tous les établissements du secondaire parisien paraît techniquement difficile à mettre en place. En effet, il n’est pas aisé de trouver des enseignants et encadrants capables d’apporter un tel apprentissage, d’autant plus que le certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement des jeunes sourds (CAPEJS) est un diplôme d’État qui relève du médico-social et non de l'Éducation nationale. Dans la mesure où l’enseignement de la LSF n’est pas une matière au programme de l’Éducation Nationale, elle n’est évidemment pas enseignée aux futurs professeurs. D’après Marc Teulier, le directeur académique des services de l’Éducation nationale, si aujourd’hui, l’apprentissage de la langue des signes française peine à se développer dans le secondaire français, c’est parce qu’il est difficile de trouver des enseignants sachant signer (parler la LSF). Quoi qu’il en soit, cette nouvelle semble annoncer une meilleure démocratisation de la langue des signes française dans les années à venir.

La langue des signes française pour exprimer ses besoins

Langue à part entière, la LSF est aujourd’hui pratiquée par 169 000 personnes en France. À l’ère du port du masque qui impacte sur l’apprentissage de la parole, l’enseignement de la langue des signes aux plus jeunes gagne du terrain en France. Dans différentes crèches, elle permet aux enfants de mieux s’épanouir, bien qu’ils ne soient ni sourds, ni muets. Grâce à ce langage visuel et gestuel, les tout-petits peuvent signer des mots simples et faire comprendre leurs besoins, en plus de l’aspect inclusif de la démarche qui les aidera en grandissant à communiquer avec des malentendants.

Ce concept vient des États-Unis où dans les années 1980, Joseph Garcia, un interprète en langue des signes, remarque que les bébés nés de parents sourds communiquent plus tôt que les autres enfants. Il imagine alors une langue des signes adaptée à l’apprentissage des tout-petits, pour qu’ils puissent simplement exprimer leurs besoins. C’est en 2006 que cette pratique arrive en France avec le livre “Signe avec moi” de la psychologue Nathanaëlle Bouhier-Charles. De nombreuses études internationales alertent sur les conséquences du port du masque chez les adultes imposé par la pandémie de Covid-19, entraînant un retard de l’apprentissage de la langue française chez les plus jeunes. Le recours à la langue des signes pourrait être un outil précieux face à cet obstacle.