Des compagnies aériennes contraintes de faire voler 18 000 avions à vide

Publié le 14 janvier 2022
Par Julie MARIE
Temps de lecture : 3 mins
Plusieurs compagnies aériennes dont Lufthansa, plus grosse compagnie européenne, ont averti devoir effectuer 18 000 vols à vide cet hiver pour conserver leurs droits de décollage et d'atterrissage. Une aberration écologique qui provoque de vives réactions.

Une règle qui obligera 18 000 avions à voler à vide cet hiver

Pour ne pas perdre leurs créneaux si difficilement obtenus dans les aéroports et donc conserver leurs droits de décollage et d’atterrissage, les compagnies aériennes doivent respecter une certaine règle imposée par la Commission européenne. Selon cette règle, une compagnie doit utiliser au moins 80 % de ses créneaux de vols, où elle les perdra l’année suivante. La réglementation a tout de même été allégée il y a quelques mois, passant à une obligation d’assurer 50 % des créneaux, mais d’après le PDG de la compagnie allemande Lufthansa, cela ne suffira pas à éviter les 18 000 vols à vide qui devront tout de même être effectués.

Bouleversés par les restrictions de voyage liées à la pandémie de Covid-19 qui ont fragilisé la stabilité du trafic aérien, nombreux sont ceux qui demandent un nouvel abaissement du seuil d’utilisation, soulignant l’absurdité de cette règle qui oblige à effectuer des vols avec parfois zéro passager à bord. C’est le cas notamment de Georges Gilkinet, ministre fédéral belge de la Mobilité, qui a adressé une lettre à la Commissaire européenne aux Transports, Adina Valean où il demande d’abaisser encore le seuil d’utilisation des créneaux mais également d’offrir davantage de flexibilité aux compagnies aériennes pour organiser leurs vols. La compagnie Air France, qui, bien que n’étant pour l’instant pas concernée par les vols à vide, demande aussi un assouplissement des règles de l’Union européenne pour la gestion des créneaux aéroportuaires qui sont « clairement irréalistes » pour le porte-parole de l’Association du transport aérien (IATA), représentant la grande majorité des compagnies.

Le secteur de l'aviation, responsable de 5 % du réchauffement climatique

La règle du "use it or lose it" ("utilisez-le ou perdez-le" en français) résonne comme un drame pour la planète lorsqu’on sait que l’avion est le moyen de transport le plus polluant du monde selon l’Organisation mondiale pour la protection de l’environnement. Pourtant, malgré la pression exercée sur la Commission européenne pour l’allègement des règles mises en place, celle-ci a annoncé qu’aucune réforme n’était envisagée afin de limiter les vols à vide. En effet, la Commission européenne dit « ne pas envisager de modification à long terme des règles de la politique des créneaux aéroportuaires » comme le révèle le média Le Monde, dévoilant un courrier rendu public le mercredi 12 janvier 2022 par l’eurodéputée écologiste Karima Delli. Le débat semble malheureusement clos d’après la direction générale de l’aviation civile du ministère des transports en France qui affirme que la seule éventuelle décision qui pourrait être mise en place serait une prolongation du dispositif actuel d’assouplissement, et ce, pour une "durée limitée".

Alors que les trains français, transport le moins polluant (le train émet jusqu’à 80 fois moins de CO2 que l’avion) démarrent l’année avec de bonnes nouvelles pour l’environnement comme le retour des trains de nuit, les compagnies aériennes devront donc continuer de faire voler des milliers d’avions à vide. Le secteur de l’aviation est pourtant responsable de 5 % du réchauffement climatique, alors que seul un très faible pourcentage de la population prend l’avion. En 2018, une étude du Shift-Project, association française qui s'est donné pour objectif l'atténuation du changement climatique avait démontré qu’une infime partie de la population mondiale (1 %) était à l’origine de 50 % des émissions de gaz à effet de serre émis par l’aviation.