Comment aider une personne alcoolique ?

Publié le 15 décembre 2021
Par Anne-Sophie de Monès
Temps de lecture : 3 mins
« L’alcoolisme peut toucher tout le monde : les jeunes, les vieux, toutes les catégories professionnelles ».  Voici ce que nous rappelait Marion Acquier, présidente de l'Union des Alcooliques Anonymes, lors de notre dernière interview vidéo. Nous l’avons à nouveau questionnée afin qu’elle nous donne des conseils pour pouvoir aider un proche qui souffre d’alcoolisme.

Quelques signes pour déceler l’alcoolisme chez un proche

Avant toute chose, il est important de noter qu’être saoul n’est pas un critère d’alcoolisme. Aussi, les repères de consommation à risque en termes de quantité d'alcool sont : pas plus de 2 verres (standard) par jour et pas tous les jours, soit pas plus de 10 verres par semaine.

Marion Acquier, présidente de l'Union des Alcooliques Anonymes nous liste quelques signes pour déceler une addiction grave à l’alcool :

  • Une perte de contrôle surtout si celle-ci est récurrente : une ivresse répétée entrainant des situations de malaise liée à une désinhibition excessive peut être un signe l’alcoolodépendance. Baptiste Mulliez ancien alcoolique devenu aujourd'hui patient expert, nous décrivait très bien dans sa dernière interview, ces situations si dérangeantes.
  • Des signes physiques : les mains qui tremblent, et notamment le matin quand la personne est à jeûn (symptôme du sevrage), l’odeur de l’alcool dans l’haleine, mais aussi dans le corps. Les personnes très alcoolisées sont comme imbibées, leur peau peut transpirer des effluves d’alcool.
  • Une consommation d’alcool problématique : un alcoolodépendant continue de boire malgré des conséquences négatives liées à une consommation abusive (soucis financiers suite à des dépenses excessives d’alcool, une suppression de permis de conduire pour conduite en état d’ébriété ou encore des problèmes au travail…).  
  • Des symptômes psychologiques : quand la consommation d’alcool est une condition sine qua non pour sortir, parler en public... L’alcool nest plus un plaisir mais devient alors une nécessité. Ou bien si la personne se préoccupe de la présence de l’alcool. Marion donne comme comparaison « un fumeur qui s’approvisionne en cigarettes la veille d’un jour férié pour être sûr de bien en avoir ». Ces symptômes psychologiques sont malheureusement plus difficiles à percevoir.

 

Interview de Marion Acquier, présidente de l'Union des Alcooliques Anonymes

3 façons de venir en aide à une personne alcoolique

On estime qu’une personne dépendante à l'alcool fait souffrir 5 personnes autour de soi. Il est donc important en tant que proche d’alcoolique de se ménager, de se protéger et d’être conseillé. L'association Les Groupes familiaux Al-anon accueille et offre réconfort aux familles des alcooliques. De son côté, Marion Acquier nous partage quelques conseils pour aider une personne alcoolique à s’en sortir :

  • Informer sur les dangers et sur les conséquences de l’alcoolisme : les experts des Alcooliques Anonymes ont pour habitude de dire à leurs patients : "L’issue de l’alcool est la folie, la prison ou la mort". L’alcool amplifie la dépression et peut mener à des problèmes psychiatriques graves, il peut entraîner des accidents de la route, des réactions violentes et des mises en danger pouvant provoquer la mort.
  • Laisser assumer les conséquences de l’alcool : le déni est un symptôme très puissant de cette maladie, tant qu'il y a déni, le soin est très compliqué voire impossible. Pour s'en sortir, la première étape est de reconnaître le problème d'alcool, c'est d'ailleurs la première étape du programme des Alcooliques Anonymes. Il faut souvent un déclic, fut-il parfois même violent, pour provoquer une prise de conscience. Par exemple, la perte d’un travail ou une rupture sont des situations difficiles à vivre mais qui peuvent démontrer au malade les conséquences de ses actes sous l’effet de l’alcool. « On ne peut sauver quelqu’un qui ne veut pas être sauvé » nous explique la présidente des Alcooliques Anonymes. Plutôt que se battre contre un mur de déni, il est préférable de se ménager pour être prêt à accompagner l’alcoolodépendant le jour où il/elle décide de vouloir s’en sortir. 
  • Accompagner la sortie de l’alcool : « Le jour où tu veux t’en sortir je serai là pour t’aider ». Voilà le type de discours que Marion Acquier conseille de tenir. L’accompagnement thérapeutique et psychologique peut alors s’effectuer. Pour ce dernier, les Alcooliques Anonymes proposent des réunions en accès libre, sans inscription. Apprendre à vivre sans alcool peut être douloureux et prendre des années, c’est pourquoi le soutien des proches est important.


Marion Acquier nous rappelle qu’il est essentiel de ne pas juger, de ne pas condamner, de ne pas punir, car l'alcoolisme est une maladie. Personne n'est coupable d'être malade, cependant chacun est responsable de se soigner.