Rencontre avec C'est assez !, l'ONG qui s'est battue pour libérer les dauphins et les orques

Par C'est assez !, le 11 mai 2017

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Le saviez-vous ? La captivité des dauphins et des orques sera à terme interdite en France. Une mesure que l'on doit, notamment, au combat de l'association C'est assez ! Rencontre avec sa présidente, Christine Grandjean.

Vous êtes certainement au fait de la nouvelle, tant elle a fait du bruit. Dans un arrêté interministériel, publié samedi 6 mai au Journal officiel, à la surprise générale, la ministre de l'Environnement Ségolène Royal interdit la reproduction des orques et des dauphins en captivité, de même que les échanges avec d'autres bassins. Ce qui va engendrer, à moyen terme, la fin des cirques marins en France.

Les amoureux et défenseurs des cétacés ont évidemment applaudi la nouvelle. Parmi eux : C'est assez ! L'association avait fait de la fin des delphinariums en France son cheval de bataille. En quoi cet arrêté est une avancée majeur ? Que va-t-il changer concrètement ? Quels combats restent-ils à mener ? Réponse avec Christine Grandjean, la présidente de l'association. 

One Heart : Vous avez qualifié cette arrêté de "victoire inespérée". Pourquoi ? 

Christine Grandjean : La première mouture de l'arrêté mettait fin uniquement à la reproduction des orques. Le fait que Ségolène Royal ait, au dernier moment, ajouté la fin de la reproduction des dauphins signifie clairement la fin de l'industrie de la captivité en France. On ne pouvait rêver mieux. Au XXIe siècle, cette captivité, obscène, n'a plus lieu d'être. On ne peut plus considérer ces animaux comme des collections de zoo, des bêtes de foire.

Ces delphinariums ne permettent-ils pas de préserver les espèces ? 

Les dauphins et les orques, que l'on exhibe, ne font pas partie des espèces menacées d'extinction. L'argument de la conservation ne tient pas. Il y a bien des espèces de marsouins et de dauphins en voie d'extinction, mais pas ceux là. La preuve : on peut voir des dauphins partout en France, le long des côtes. Et ce, pour à peu près le prix d'une entrée dans un parc...

D'autre part, malgré l'absence de danger et les soins dont ils bénéficient dans les parcs, les animaux vivent moitié moins longtemps dans un bassin que dans la nature.

Pourquoi ? Quelles sont les causes de mortalité prématurée dans les parcs ? 

Les principales causes sont la tristesse, l'ennui, le chagrin, lesquels aboutissent au suicide. Les animaux souffrent de solitude. Pour éviter l'inceste, les petits orques sont séparés de leur mère. On les envoie dans d'autres bassins, alors que, dans la nature, les orques vivent quasiment toute leur vie en famille.

Ils se bagarrent souvent parce qu'ils sont contraints de vivre avec des individus qu'ils n'ont pas choisis. Souvent, ils sont mis avec des animaux qui ne parlent pas le même dialecte. Comme les humains, les dauphins et les orques possèdent des langues différentes.

Par ailleurs, lorsqu'ils envoient des écholocations, les sons qui leurs permettent de communiquer, ces sons se réverbèrent sans cesse. Du coup, ils finissent par mettre ce sens en veille pour ne pas s'assourdir, deviennent stressés et se battent.

Ils meurent aussi de se ronger les gencives sur le beton et les barreaux, de maladies rénales, de maladies pulmonaires dûes au chlore, etc. 

Justement, en attendant la fermeture des delphinariums, qu'est-il prévu pour les animaux encore captifs ? L'arrêté prévoit-il une amélioration de leurs conditions de vie ? 

Oui. Le chlore va être interdit dans les bassins. Les parcs vont aussi avoir l'obligation de mettre des zones à l'abri du soleil. C'est important. Si vous regardez les dauphins du Marineland, ils ont tous les yeux fermés, ils crament en plein soleil.

Le public n'aura plus le droit de tripoter les animaux, de nager avec, autant de gestes qui les stressent. Pendant les spectacles, les animaux ne seront plus contraints de s'échouer sur le béton. C'était trop dangereux et provoquait des blessures. Il n'y aura plus de spectacles de nuit, plus de feu d'artifice, plus de musique aussi forte qu'avant.

Normalement, les bassins devront être plus profond, plus grands. Ils devraient y avoir des cascades, des courants, des vagues pour que ce soit un peu moins mortellement ennuyeux.

Les parcs ont trois ans pour se mettre aux normes, mais auront-ils envie d'engager des travaux coûtant des millions d'euros sachant qu'ils risquent de fermer à terme ? 

Le président de l'Association française des parcs zoologiques, Rodolphe Delord, a rapporté au journal Le Monde que "l'interdiction de la reproduction va à l'encontre du bien-être animal".  Qu'en pensez-vous ? 

Il faut rappeler que la plupart des reproductions, notamment chez les dauphins, se fait par insémination artificielle. D'autre part, faut-il faire naître des petits pour qu'ils soient malheureux ensuite en captivité ? Je n'en suis pas sûre. 

Comment avez-vous fait pour obtenir ces avancées ? 

Nous n'étions pas seules. D'autres associations se sont battues aussi. Il y a deux ans, je suis allé voir les députés Geneviève Gaillard (PS NDLR) et Laurence Abeille (EELV NDLR), qui m'a invitée à l'Assemblée nationale pour parler de cette cause. Dans la foulée, madame Abeille a déposé des amendememnts contre les delphinariums, lesquels ont été rejetés par Ségolène Royal. Par la suite, elle s'est engagée sur un moratoire de ne pas contruire d'autres bassins tant que la legislation de 1981 n'était pas révisée. Ce nouvel arrêté, c'est donc la révision de l'arrêté de 1981.

On travaille dessus depuis vingt mois. On s'est inspiré de la législation anglaise. L'angleterre a fermé tous ses bassins en 1990. On a traduit toutes les normes et on les a proposées au ministère. On a lui a aussi apporté 70.000 signatures récoltées grâce à une pétition. On peut aussi remercier Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux, qui, dans la dernière ligne droite, est intervenu auprès de Ségolène Royale pour qu'elle finalise son engagement.

Maintenant que vous avez obtenu ce que vous souhaitez, quels sont les enjeux de l'association  ?

Si tous les parcs ferment, les enjeux seront de mettre en place, avec des spécialistes, des baies de réhabilitation. On y mettra les dauphins pour qu'ils réapprennent la vie sauvage. Pour ceux qui peuvent, d'autres ne pourront jamais. Reste qu'ils auront une retraite dans un baie marine.

Ensuite, il y a d'autres pays en Europe sur lesquels on va essayer de travailler. En Espagne, par exemple, il y a plein de delphinariums aux conditions catastrophiques. 

Enfin, on se bat contre les massacres de baleines et de dauphins, devant les ambassades du Japon, du Danemark et de la Norvège, pays qui mine de rien tue plus de baleines que les Japonais. 70 % des femelles gestantes sont ainsi tuées par les massacres. Il reste du travail.

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Photo : association C'est assez !

 

A la suite de la publication de cet article, Martin Böye, responsable scientifique à Planète Sauvage , parc animalier situé à côté de Nantes, a souhaité réagir et répondre aux arguments de Christine Grandjean. Vous trouverez son article ici

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