Iran : le White Wednesdays, un mouvement féministe

Par l'équipe Oneheart, le 06 mars 2018
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Par Sahba, qui repasse son foulard


Depuis plusieurs semaines, plus exactement à partir du 27 décembre 2017, le mouvement de protestation des femmes iraniennes contre le port obligatoire du voile s’est enflammé en partie avec l’action de Vida Movahed. Ce jour, cette Téhéranaise de 31 ans monte sur un coffret électrique au croisement des avenues Enghelab et Taleghani, dans le centre de Téhéran, retire son voile et reste quelques instants ainsi. Cependant, elle se fait arrêter très rapidement par la police et jusqu’à la fin du mois de janvier, on ne sait pas si elle est toujours en vie ou pas. Elle est finalement libérée le 30 janvier. Entre-temps et malgré elle, elle est devenue le symbole d’une volonté d’indépendance.

Viva Movahed White WednesdayPhoto : Vida Mohaved le 27 Décembre 2017 dans le centre de Théhéran

Le contexte du commencement du White Wednesday


Il est important de rappeler que des femmes iraniennes n’ont pas débuté un mouvement d’émancipation du jour au lendemain. Leurs actions s’inscrivent dans une continuité d’une résistance commencée au lendemain de la proclamation de la République Islamique de l’Iran et le port obligatoire du voile pour les femmes. Cependant, cet épisode nous rappelle un autre qui s’est déroulé en 1936 quand Reza Shah a fait interdire le port du voile féminin afin d’occidentaliser la société. Mais la société civile a montré son désaccord surtout les femmes qui ont refusé de sortir dehors. Le temps a passé et la Révolution Islamique en 1979 a été l’événement qui a marqué et transformé le quotidien des femmes iraniennes avec le port obligatoire du voile. Le point commun entre ces deux événements est le fait qu’on n’a jamais demandé, à aucun moment, l’avis des femmes. Elles ont subi l’ordre d’un groupe de personnes qui dirigeaient l’Etat à ce moment précis. Cependant, la situation des femmes iraniennes n’a guère évolué depuis les années 80.

femmes iran 1979Photo : 50 000 femmes manifestent à Téhéran le Lundi 12 Mars 1979

La remise en cause du port du voile évoqué depuis peu dans la presse occidentale est le fruit d’une résistance continue puisqu’au fil du temps, les femmes iraniennes ont fait assouplir cette obligation en laissant apparaître leurs cheveux. Si aujourd’hui les femmes osent transgresser plus aisément qu’il y a quelques années, c’est que le contexte de désobéissance s’y prête puisque les révoltes populaires ont débuté presqu’au même moment en Iran. De plus, ces événements se sont déroulés devant les caméras du monde entier, ce qui a grandement fragilisé le pouvoir du Guide Suprême, Ayatollah Ali Khamanei, et du Président de la République, Hassan Rohani.

 

Le lancement du #WhiteWednesday


C’est ainsi qu’en 2014, une jeune journaliste d’origine iranienne, Masih Alinejad, a créé la page facebook “My Stealthy Freedom” (Ma Liberté Cachée) afin de militer pour l’obtention de la liberté de choisir de porter le voile ou pas. Elles encourage les femmes Iraniennes à sortir dans la rue sans voile et les aider à libérer leur parole pour qu’elles dénoncent les pratiques de la police des moeurs.

En mai 2017, elle lance même le hashtag #WhiteWednesdays pour que les femmes puissent s’afficher librement sur les réseaux sociaux en partageant avec le monde entier leur “liberté retrouvée”. Évoqué précédemment, Vida Movahed, a été l’une des premières femmes à défendre ce droit de pouvoir choisir elle-même de porter le voile ou pas. Mais la réaction du gouvernement islamique a été immédiate puisqu’elle s’est faite arrêter et emprisonner. Relâchée il y a peu de temps, elle continue tout de même ses actions. Cependant, elle n’est pas la seule à braver les dangers pour changer le monde : les noms de Maryam Shariatmadari, Shima Babaei et de Shaparak Shajarizadeh sont pourtant connus puisqu’elles ont toutes été arrêtées pour avoir osé enlever leur voile dans un lieu public et risquent dix ans de prison...

White Wednesday

Cette remise en cause du port du voile a été qualifié de “puérile” a déclaré le procureur général de la République Islamique, Mohammad Jafar Montazeri en minimisant l’impact de cette contestation. De plus, il affirme que ces femmes ont agit “par ignorance” et qu’ “elles pourraient avoir été influencées à partir de l’étranger”.


Ces actions menées par des femmes Iraniennes ont eu des échos à l’étranger. C’est ainsi qu’à l’approche de la journée internationale des femmes, le 8 mars, des femmes du monde entier affichent leur soutien à cette initiative comme en Turquie, aux Etats-Unis, aux Philippines, en Arménie et ailleurs afin que toutes les femmes puissent avoir la liberté de choisir !

Page Facebook “My Stealthy Freedom”

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