La température de cette boîte de nuit écossaise est régulée par la chaleur humaine

Publié le 11 février 2022
Par Mélanie Appadoo
Temps de lecture : 4 mins
Et si en dansant, nous pouvions créer de l’énergie ? Depuis plusieurs mois, SWG3, une boîte de nuit basée à Glasgow, très réputée pour ses concerts et soirées éclectiques, expérimente un nouveau système pour chauffer et rafraîchir le bâtiment. Elle utilise pour cela, la chaleur humaine de ses clients. David Townsend, directeur général et fondateur de TownRock Energy, est à l’origine de cette innovation à faible impact environnemental. Il nous explique comment la chaleur humaine peut être transformée en énergie renouvelable.

Une source d’énergie provenant de l’Homme

En temps normal, les boîtes de nuit grouillent de personnes venues se changer les idées, apprécier de la bonne musique et se déhancher jusqu’aux petites heures du matin. On ne se douterait pas une seule seconde que les boîtes de nuit pourraient être alimentées par la chaleur humaine. C’est ce que teste actuellement SWG3 à Glasgow (Ecosse). Avec l’énergie de toutes les personnes qui s’agitent et bougent sur la piste de danse, elle crée une nouvelle énergie pour chauffer et rafraîchir les lieux. Concrètement, de quelle chaleur parle-t-on ? « C’est la nourriture » affirme David Townsend, à l’origine de cette ingénieuse idée et de TownRock Energy, l’entreprise qui déploie le système. « Dans la nourriture que nous mangeons, il y a de l’énergie qui nous maintient constamment au chaud. Nous dépensons tout le temps de la chaleur afin que notre température corporelle demeure constante. En dansant ou en sautant, vous générez encore plus de chaleur », explique-t-il.

Pour le jeune ingénieur, il n’était pas question de gaspiller cette incroyable source d’énergie : « La chaleur humaine, c’est symbolique : il s’agit d’une source d’énergie gratuite fournie par l’Homme qui retourne à la Terre. Elle capture la bonne énergie dégagée par les êtres humains quand ils sont au meilleur de leur forme, c’est-à-dire quand ils font la fête, dansent et s’amusent. » avance-t-il. Dans cette démarche d’économie circulaire, TownRock Energy a développé un système capable de capturer cette chaleur avant de la stocker pendant des jours, des semaines voire des mois pour la réutiliser au moment propice. Une bonne idée quand on sait que le chauffage représente 50 % de la consommation énergétique totale au Royaume-Uni.

 

Au coeur du système : une pompe à chaleur

Pour nous expliquer comment fonctionne le système mis en place par TownRock Energy à SWG3, David prend l’exemple du réfrigérateur qui capte la chaleur produite à l’intérieur avant de la renvoyer à l’arrière de l’appareil. Cette technologie s’appelle une pompe à chaleur. C’est ainsi que fonctionne le système de récupération de chaleur de SWG3, bien qu’au lieu d’évacuer la chaleur à l’extérieur (comme une climatisation), celle-ci est emmagasinée sous terre grâce à un système de tuyaux enfouis dans des puits creusés à 200 mètres de profondeur. Il faut imaginer une sorte de circuit où la chaleur afflue d’un point à un autre, fournissant du froid et rechargeant le sol en chaleur comme une batterie thermique. Lorsque le système est inversé, elle délivre une chaleur renouvelable pour réchauffer la boîte de nuit.

En revanche, chaque bâtiment ayant ses particularités, TownRock Energy adapte son système : « On s’assure qu’il y ait toujours la bonne quantité de chaleur et de fraîcheur injectée dans le bâtiment en question » précise David. « Le système que nous avons mis en place à Glasgow est grand et génère 100 kilowatts de chaleur et environ deux fois plus de refroidissement, bien qu'il sera bientôt étendu pour fournir plus de chaleur renouvelable à d'autres parties du bâtiment » ajoute le jeune entrepreneur. Cette quantité d’énergie peut ainsi réchauffer 2 pièces pouvant accueillir 3 000 personnes. S’il y a moins de monde, l’énergie additionnelle peut être utilisée ultérieurement. Une technologie très efficace selon David Townsend puisque « grâce au stockage géothermique, rien ne se perd ». 

 

70 tonnes de CO2 économisées en un an

Une fois ce système innovant pleinement opérationnel, il devrait permettre à SWG3 d’économiser environ 70 tonnes de CO2 par an et pourrait en économiser davantage « si toutes les sources d’énergie à côté sont renouvelables » précise David. En effet, si le chauffage et la climatisation requièrent beaucoup d’énergie, les lumières, les haut-parleurs ou encore les machines, en nécessitent tout autant… Pour réduire la consommation énergétique de SWG3, TownRock Energy songe par exemple à faire installer prochainement des panneaux solaires sur les toits du bâtiment pour l’éclairage. « Notre objectif, c’est vraiment de supprimer les combustibles fossiles du système de chaleur et de construire un système qui peut être reproduit dans d'autres boîtes de nuit à travers le monde et également diversifié dans les gymnases » atteste le fondateur et dirigeant de TownRock Energy.

D’ici 2025, SWG3 ambitionne d’atteindre la neutralité carbone. Un objectif qui semble utopique pour certains mais réalisable pour David Townsend avec de la volonté et du passage à l’action. Il espère que le projet déployé à SWG3 fasse parler de lui et éveille les consciences. « Si 5 000 personnes viennent dans ce club chaque semaine, ils verront comment fonctionne le système et pourquoi il est important ». Les jeunes sont d’ailleurs tantôt émerveillés, tantôt curieux : « Avec un peu de chance, elle ouvrira la voie à d’autres discothèques qui emboîteront le pas. C’est certes un gros investissement mais ça en vaut la peine sur le long terme » déclare un jeune homme au micro de la BBC.