L’Ariège teste un dispositif pour limiter les collisions avec la faune sauvage

Publié le 11 novembre 2021 (modifié le 15 novembre 2021 à 11h02)
Par Julie Marie
Temps de lecture : 3 mins
Le département de l’Ariège, soucieux de renforcer la sécurité des usagers de ses routes en limitant les risques de collision, expérimente en ce moment un dispositif d’effarouchement nocturne de la grande faune sauvage. Thierry Delqué, collaborateur du directeur des routes départementales d’Ariège, revient un peu plus en détail sur les rouages d'un tel projet.

Des piquets réflecteurs installés au bord des routes

Afin de consolider la sécurité des usagers, le département de l’Ariège (Occitanie) expérimente depuis mi septembre, début de la saison du brame du cerf, un système d'effarouchement nocturne de la grande faune sauvage. En partenariat avec la Fédération départementale de la chasse, des piquets réflecteurs ont été implantés au bord des routes sur deux secteurs accidentogènes de la commune du Mas-d’Azil. L’objectif est double : la sécurisation des secteurs concernés du réseau routier et la préservation de la grande faune


La période de mise en place de cette expérimentation n’est pas anodine : il s’agit de la saison du brame du cerf, durant laquelle les collisions sont plus importantes. En 2019, à cette même période de l’année, trois collisions avec des cerfs s’étaient produites sur l’une des deux portions où est testé le dispositif. Les trois cervidés avaient été tués et d’importants dégâts matériels automobiles constatés.


Un dispositif qui apprend la prudence aux animaux et aux conducteurs

Le principe des réflecteurs est simple : placés tous les 20 mètres environ, ces petits dispositifs dévient la lumière des phares des véhicules vers les abords immédiats de la chaussée. La lumière alors créée à une hauteur comprise entre 80 cm et 1 m du sol (au niveau des yeux des animaux concernés), éblouit les animaux. La réaction de prudence provoquée chez les bêtes les dissuade de s’approcher ou même de traverser la route lors du passage d’un véhicule. L’intérêt d’un tel dispositif est qu’il agit sans pour autant les empêcher de traverser la chaussée en l’absence de trafic routier. Bien qu’expérimentés lors de la période du brame du cerf, les réflecteurs permettent également de protéger d’autres animaux comme les chevreuils ou encore les sangliers. De plus, la lumière réfléchie par les piquets renforce la vigilance des conducteurs, qui, interpellés par la présence de ces équipements, ralentissent.


Le dispositif devrait être retiré des routes départementales RD119 et RD15 sous peu, n’ayant pas vocation à être installé de manière définitive. Pour éviter que la faune s’y habitue, ce qui amoindrirait leurs effets, les piquets ne seront installés que sur des périodes sensibles, notamment lors du brame du cerf, ou au printemps lorsque les déplacements de faune sont plus importants. La fédération des chasseurs fera prochainement un retour sur l’efficacité de ces appareils une fois déposés mais des précédentes expérimentations réalisées dans les régions Auvergne-Rhône-Alpes ou Provence-Alpes-Côte d'Azur semblent déjà avoir porté leurs fruits. Seule la Haute-Savoie compte plus de 12 000 piquets réflecteurs, un chiffre important face aux 125 piquets que compte l’Ariège pour son expérimentation actuelle.

 

Une constante augmentation de la mortalité de la faune sauvage sur les routes

Comme l’explique la Fédération des Chasseurs d’Occitanie sur son site, l'objectif de cette expérimentation est de permettre deux analyses : « la première quantitative, par un suivi de la mortalité routière de faune avec et sans piquets ; la seconde qualitative, le but étant à l'aide de jumelles et caméras thermiques de mieux appréhender les réactions des animaux confrontés à cette barrière lumineuse. »

La mortalité de la faune sur le réseau routier est selon le Muséum national d’Histoire naturel en constante augmentation. Bien qu’aucun chiffre récent ne soit disponible sur cette évolution, l’Association de Prévention Routière recensait en 2009, 65 468 collisions entre des véhicules motorisés et des animaux sauvages, soit 54% de plus qu’en 2008.

Il faut donc espérer que ce dispositif qui en appelle à la vigilance des automobilistes et des animaux, pourra être envisagé à plus grande échelle ainsi qu’à long terme si les expérimentations actuelles portent leurs fruits.