Une étude confirme la présence de glyphosate dans l’urine de 99,8 % des Français

Publié le 14 janvier 2022
Par Julie MARIE
Temps de lecture : 3 mins
Une étude publiée le 12 janvier 2022 dans la revue scientifique Environmental Science and Pollution Research et menée sur 6 848 Français révèle la présence de glyphosate, le pesticide le plus utilisé au monde, dans la quasi-totalité des urines analysées. L’étude, portée par l’association Campagne Glyphosate France, qui milite pour une agriculture sans pesticides, montre des concentrations plus élevées chez les hommes, les enfants et les agriculteurs.

Près de 100 % de la population française testée positive au glyphosate 

Le glyphosate, pesticide controversé bien qu’encore particulièrement utilisé en France, est au cœur d’une nouvelle polémique. Une étude publiée dans la revue Environmental Science and Pollution Research révèle que 99,8 % des échantillons d’urines analysés sont contaminés au glyphosate, herbicide dont la dangerosité est aujourd’hui encore un sujet de discorde parmi les scientifiques.

Des citoyens sensibilisés à la question de la contamination par les pesticides et préoccupés par les risques de ces produits sur la santé sont à l’origine de l’association Campagne Glyphosate France. Après avoir fait analyser leurs urines, le constat était sans appel : tous se sont révélés contaminés au glyphosate. Ils ont alors créé l’association Campagne Glyphosate France afin de pouvoir reproduire l’expérience à plus grande échelle. C’est dans ce contexte, qu’entre juin 2018 et janvier 2020, 6 848 participants volontaires provenant de 84 départements français, ont réalisé des prélèvements d’urine afin de faire état du taux de contamination générale de la population à l’herbicide

Chacun des participants à l’étude a au préalable renseigné son âge, son sexe, sa situation professionnelle, ses habitudes alimentaires, son lieu de résidence et tout un tas d’autres critères qui permettent d’établir des liens entre les différents facteurs et le taux de contamination des Français au glyphosate. Des corrélations ont pu alors être établies : selon l’étude, le niveau de contamination est plus élevé chez les hommes et les enfants et diminue avec l’âge. Les personnes fumeuses possèderaient également un taux plus important compte tenu de l’utilisation du glyphosate pour réduire l’humidité lors de la récolte de certains tabacs. Parmi les plus touchés également, se trouvent les agriculteurs -notamment les viticulteurs-, dont les vignobles et autres cultures sont exposés aux pesticides. Au contraire, les participants qui déclarent manger plus de 85 % d’aliments bio présentent des niveaux de contamination inférieurs.

Le glyphosate, un sujet qui reste controversé parmi les scientifiques

Le désherbant détecté dans 99,8 % des échantillons d'urine correspond à un très faible taux qui serait, d'après les recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), inférieur à 1 % de la dose journalière admissible. Néanmoins, la contamination de la quasi-totalité des urines reste problématique.

Autrefois commercialisé sous l'appellation de « Roundup », le glyphosate est aujourd’hui le pesticide le plus utilisé en France et dans le monde. En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer, un organisme dépendant de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le classe comme « cancérogène probable ». Certaines études ont également démontré que l’herbicide peut altérer le développement neurobiologique ou encore agir comme perturbateur endocrinien influençant le développement hormonal. Pourtant, l’Anses, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et d’autres structures continuent à le catégoriser comme non cancérogène. Actuellement l'Union européenne, approuve l'utilisation du glyphosate jusqu’au 15 décembre 2022. Cela signifie qu’il peut être utilisé dans les produits pesticides jusqu’à cette date. Cette autorisation, initialement prévue pour 15 ans, n’a été donné "que" pour 5 ans grâce au travail des ONG.

De son côté, la SNCF s’est récemment engagée à ne plus désherber ses voies avec du glyphosate, une mesure qui prendra effet au printemps 2022. La compagnie ferroviaire qui était une grosse consommatrice du glyphosate, usera désormais d’un produit plus écologique, composé à plus de 85 % d’acide pélargonique d’origine végétale. Bien que plus chère et moins efficace, cette solution aura pour avantage d’éliminer tout risque pour la santé du personnel du réseau mais également pour les populations, notamment celles qui résident à proximité des territoires agricoles bordant les voies ferrovières.