Maroc : un village d’enfants abandonnés, modèle d’humanisme et d’éco-responsabilité

Publié le 13 mai 2022 (modifié le 17 mai 2022 à 19h00)
Par Anne-Sophie de Monès
Temps de lecture : 5 mins
Au pied des montagnes de l‘Atlas, à 30 km au sud de Marrakech, se niche le village Dar Bouidar, un village accueillant près de 200 enfants abandonnés (de quelques jours à 14 ans). Hansjörg Huber, le fondateur, ancien entrepreneur suisse au cœur immensément grand, gère le développement de ses petits protégés et de son association Atlas Kinder avec ambition et humanité. Nous avons passé quelques jours dans cet environnement somptueux, plein d’énergie et d’amour, auprès de Hansjörg et de sa très grande famille.
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Un entrepreneur suisse devenu comme un père pour 195 enfants marocains

« J’aurais pu faire le choix de parcourir la planète en avion pour voyager ou m’acheter un gros bateau à moteur, j’ai préféré construire ce village pour les enfants qui ont besoin d’amour. Je suis aujourd'hui l’homme le plus heureux du monde ». Voici les mots de Hansjörg Huber, fondateur de l'association Atlas Kinder. L’histoire d’Atlas Kinder commence avec la construction en 2014 de Dar Bouidar qui accueille des enfants abandonnés. Ce village situé à 30 km de Marrakech a vu le jour grâce aux deux millions d’euros de la fortune personnelle d’Hansjörg, proche de la retraite après une carrière dans le monde de l’assurance. C’est aussi et surtout grâce à sa personnalité tout entière que le village s’est développé pour accueillir maintenant 195 enfants, de quelques jours à 14 ans.

La générosité de Hansjörg ne se limite pas à son engagement financier, il partage tout : ses expériences, sa philosophie, ses coups de coeur, son enthousiasme et son énergie. Ses deux fils, devenus adultes (et parents) rendaient visite à leur père lorsque nous étions à Dar Bouidar. Nous avons échangé avec eux sur cette nouvelle famille que leur père a fondée. « Notre père nous a apporté tout le confort et l’éducation dont nous avions besoin quand nous étions plus jeunes. Aujourd’hui, nous avons fait des études et créé une famille. Nous sommes fiers de ce qu’il a construit ici. » nous confient-ils. 

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Hansjörg Huber,  fondateur d'Atlas Kinder ©Atlas Kinder

24 enfants abandonnés chaque jour au Maroc 

On recense 24 enfants abandonnés chaque jour au Maroc. Il y en a en réalité plus que cela, car beaucoup ne sont malheureusement pas enregistrés. L’avortement n’est pas autorisé dans le pays et si une femme tombe enceinte hors mariage c’est la honte pour toute la famille. « Les parents peuvent en arriver à des actes d’une extrême violence envers leur fille et le père de l’enfant. » explique Hansjörg. Les mères sont parfois tellement désespérées qu’elles en arrivent même à abandonner leur nourrisson dans des poubelles. « Nous avons eu un grand nombre de bébés au moment des confinements liés à la crise du COVID, quand les hôtels ont fermés. Les jeunes femmes qui y travaillaient, enceintes ou toute-jeune mamans, ont dû rentrer dans leur village, chez leurs parents. Impossible de revenir avec leur enfant. Beaucoup de bébés ont alors été abandonnés. » nous explique Hansjörg qui ne sait pas refuser l’accueil d’un enfant. La pouponnière a donc dû s’adapter pour accueillir ces tout-petits.

 

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Les jumeaux de la pouponnière en habit traditionnel pour la fête de l'Aïd

 

12 hectares dédiés à l’épanouissement des enfants

Le premier village d’Atlas Kinder, Dar Bouidar, compte une quinzaine de maisons familiales dans lesquelles vivent les enfants répartis en fonction de leur âge. Un binôme de deux mamans d’accueil par maison se relaie chaque semaine pour leur offrir, à plein temps, encadrement et tendresse. Les enfants en situation de handicap, qui ont besoin d’une attention toute particulière, sont dans une maison dédiée, appelée maison d'intégration et les bébés jusqu’à environ 15 mois, sont dans la pouponnière gérée par un nombre plus important de mamans d’accueil. La logistique est énorme, le nombre de changements de couches quotidien pour tous les bébés qui doivent en porter est impréssionnant ! Les enfants, impeccables, changent de vêtements tous les jours. Les plus grands vont même, dans le respect des habitudes marocaines, une fois par semaine au hammam pour compléter leur douche quotidienne. Ils mangent des repas équilibrés, cuisinés sur place, dans la cuisine principale et dans chaque maison, avec des produits locaux et les fruits et légumes du potager

L’école de Dar Bouidar qui accueille les enfants de maternelle utilise les techniques de Maria Montessori. Les plus grands vont quant eux à l’école privée de la ville la plus proche en bus, spécialement acheminé pour les élèves.

Un thérapeute expérimenté en équithérapie prodigue des séances dans le centre équestre aménagé sur place. Ces séances font beaucoup de bien aux enfants, qui ont pour la plupart subi de graves traumatismes. Elles les aident à surmonter leurs troubles physiques et psychiques et à retrouver confiance en eux. Les enfants en situation de handicap en bénéficient aussi. Leur excitation avant chaque séance et leur bonheur pendant et après sont palpables.

Pus de 140 employés sont mobilisés dans le village de Dar Bouidar pour les tâches diverses, de logistique, de travaux multiples, de services médicaux. S’ajoutent à cela des bénévoles qui viennent pour quelques semaines ou quelques mois. Logés et nourris, ils viennent pour la plupart du Maroc ou d’Europe pour apporter une aide complémentaire aux mamans d’accueil. Certains parrains/marraines d’enfants viennent rendre visite à leur filleul, parfois même plusieurs fois par semaine quand ils ou elles habitent près du village. Les enfants bénéficient également des soins de médecins, dentistes, kinésithérapeutes, et des interventions d’associations sportives telles que What Dance Can Do ou d’artistes variés célèbres. 

La vie est gaie et animée à Dar Bouidar ! Hansjörg se réjouit de toutes ces visites : « Chaque habitant du village -les 195 enfants et tout le staff- reçoivent ainsi un "chouia" de leur énergie ! »

 

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Une équipe de jeunes bénévoles devant l'une des maisons de Dar Bouidar ©A-S de Monès

Les ambitions d’Atlas Kinder pour l’avenir  

« À l’avenir, plus aucun enfant abandonné ne devra lutter pour sa survie au Maroc. » C’est le souhait le plus cher de Hansjörg. Il prévoit donc de s’agrandir pour accueillir un plus grand nombre d’enfants. Deux autres villages sont en construction pour cela : Dar Abla et Dar Aicha, dont les travaux ont débuté en janvier 2022, ainsi qu'un troisième Dar Sarah qui verra sa première pierre posée en juin, pour domicilier les plus jeunes enfants. Une école primaire sera installée dans l'un des nouveaux villages. Hansjörg ambitionne d’y faire cohabiter des orphelins et des enfants de l’extérieur : « Nous allons faire le tour des écoles du Haut Atlas et de la région, à la recherche des meilleurs élèves pour convaincre les parents de nous les confier gratuitement en pensionnat afin qu’ils puissent bénéficier de notre enseignement de qualité. »   

Les villages d’Atlas Kinder sont des modèles de solidarité, ils tendent aussi à être des modèles d’écologie. Dar Bouidar est équipée d’une station d’épuration des eaux usées traitées à base de boue activée, de panneaux solaires pour la production d’électricité, d’un incinérateur de déchets avec valorisation de l'énergie (pour le chauffage des maisons, le hammam, et la production d'eau chaude) et d’un potager regroupant une variété de 150 fruits et légumes. Un nouvel équipement vient même d’être installé pour produire de l'eau potable à partir de l’air. Cette installation pilote, de la start-up bavaroise Aquahara, utilise la chaleur solaire et le sel pour absorber l'humidité de l'air dans une solution saline, distillée en eau propre grâce à l'énergie solaire. Le procédé peut produire jusqu'à 200 litres d'eau par jour

En moins de 10 ans, Hansjörg à réussi, grace à son énergie et à sa générosité sans borne, à construire un havre de paix et d’instruction, un modèle d’humanisme et d’écologie. Inspirant, il invite ainsi naturellement ceux qui le rencontrent, à faire comme lui, découvrir les bienfaits du don aux autres.