À Cahors, le 1er chien d’assistance judiciaire en France aide les victimes à parler

Publié le 25 janvier 2022
Par Anne-Sophie de Monès
Temps de lecture : 3 mins
Sur un modèle développé aux États-Unis, le chien d’assistance judiciaire aide les victimes lors de leurs auditions. Le 1er chien d’assistance judiciaire en France s’appelle LOL et il vit à Cahors dans le Lot. Nous avons interviewé Frédéric Almendros à l’origine de cette initiative en France en 2019, quand il était procureur de la République. LOL a depuis, donné l’exemple à d’autres initiatives identiques en France.

Le 1er chien d’assistance judiciaire Francais, originaire du Lot 

Frédéric Almendros, procureur de la République au tribunal de Cahors jusqu’à récemment, est depuis longtemps convaincu par les bienfaits de la médiation animale. Avant le chien d’assistance judiciaire, il faisait appel à la médiation pénale par l’animal, via des stages alternatifs pour les mineurs. Ces jeunes étaient confrontés à l’encadrement et au maniement des chiens de gendarmerie. Quand Frédéric entend parler de cette méthode aux États-Unis visant à utiliser des chiens d’assistance pour le judiciaire, il est tout de suite emballé par l’idée. Il sera le premier à l’implémenter en France. Il s’entoure pour la formation, de l'association Handi'chiens (qui dresse des chiens pour des personnes malvoyantes ou à mobilité réduite), et des pompiers pour l’accueil et la prise en charge du chien. Le premier chien d'assistance judiciaire français est un labrador noir baptisé LOL.

Les onze mois de formation de LOL lui ont appris à répondre à 52 commandes, comme par exemple faire ses besoins sur commandes ou ne pas aboyer en salle d’audience. Durant sa formation, il a été géré par 18 familles pour l’habituer à ne pas avoir de maître attitré et être gentil avec tout le monde. Sa formation coûte entre 17 000 et 20 000 € par an. Il est aujourd’hui hébergé à la caserne des pompiers. 


En 3 ans, 120 personnes ont bénéficié de l’aide de LOL

Frédéric Almendros nous décrit la première intervention de LOL : « Il a accompagné une petite fille de 5 ans abusée par son père. Celle-ci refusait de descendre de la voiture de sa mère, terrorisée à l’idée de dénoncer son père. Le chien est venu la retrouver sur le parking et l’a entrainée avec lui jusqu’à la salle d’audition, où elle s’est couchée sur lui. Il n’a pas bougé. » Ému par cette première mise en situation, l'ancien procureur décide de se battre pour déployer cette méthode en France. 

Frédéric décrit le rôle du chien comme « une béquille psychologique vivante pour aider les personnes à traverser le procès pénal le moins mal possible » avant d'ajouter : « l'audition chez les gendarmes, l'expertise par un médecin (gynécologue ou psychiatre selon les cas) et le procès pénal sont des traumatismes ». Le chien rassure les victimes et les aide à se confier, à verbaliser des faits parfois choquants. En trois ans, la docilité de LOL a profité à 120 personnes âgées de 3 à 90 ans dans le cadre d'auditions en gendarmerie et au commissariat de police, lors d'expertises, de confrontations, d'instructions correctionnelles, ou encore lors de sessions en cours d'assises. 

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Frédéric Almendros et LOL au centre de la photo ©SDIS

 

Un dispositif qui s’est étendu à d’autres villes françaises

Aujourd’hui 1er vice-président au Tribunal de Montpellier, Frédéric Almendros n’est plus auprès de LOL qu’il a confié à son remplaçant. Il est cependant toujours aussi engagé pour le déploiement du chien d’assistance judiciaire au niveau national. Alors que 250 chiens sont opérationnels aux États-Unis, la France en compte moins d’une dizaine, au sein des juridictions de Strasbourg, Nevers, Orléans, bientôt Nîmes où un chien est en cours de formation et peut-être Bobigny et Carcassonne. L'initiateur du projet en France s'investit encore pour qu’il y ait un budget dédié au déploiement du dispositif au niveau national.

Frédéric souhaiterait par ailleurs accorder un chien à d'autres bénéficiares : les accusés. La présence d'un chien peut les aider, eux aussi, à verbaliser leurs actes, à se temporiser. Il est persuadé que le jour où, aux assises, il y aura un chien d’assistance dans le box des accusés et un autre sur le banc des parties civiles, les audiences se passeront beaucoup plus calmement qu’actuellement. Il précise à ce sujet que le chien n’est pas un élément de preuve. « Attention, ce n’est pas parce que l’on vous accorde le chien que le procureur ou le juge vous croit » indique-t-il. Il en profite pour rappeler l'importance de la présomption d’innocence