Un concours d’éloquence pour accepter son bégaiement

Publié le 22 octobre 2021 (modifié le 9 novembre 2021 à 11h00)
Par Anne-Sophie de Monès
Temps de lecture : 3 mins
Le bégaiement est un handicap gênant le flux de la parole, caractérisé par des répétitions de mots ou des blocages sur certaines syllabes. Il touche environ 600 000 personnes en France, surtout des hommes (3 à 4 fois plus), et pourtant on en parle très peu. Prendre la parole en public peut être un exercice extrêmement difficile pour un bègue mais il peut aussi être, si la personne souffrant de ce handicap est accompagnée, une thérapie extraordinaire. C’est ce qu’a compris Mounah Bizri, fondateur de l'Éloquence du Bégaiement. A l'occasion de la journée du bégaiement le 22 octobre, nous l’avons interviewé pour qu’il nous explique son parcours et ses motivations.

Un bégaiement maitrisé grâce au déclic à un concours d’éloquence 

Mounah Bizri, aujourd'hui Vice-Président de l'Association Parole Bégaiement souffrait d’un bégaiement très sévère au collège-lycée. Quand il décide à 20 ans de participer au concours d’éloquence de son école de commerce, il bute sur un mot sur deux.  « J’ai décidé de me lancer tous les défis possibles de prise de parole en public. » raconte Mounah. Même si sa participation au concours est très marquée par son handicap, il se félicite d’avoir pu aller jusqu’au bout de sa prestation devant plus de 100 personnes dont tous les élèves de sa promotion. Il reconnaît que l’aide de son meilleur ami et d’une personne qui l’a vu en panique avant de monter sur scène et qui l’a fait réciter plusieurs fois, ont beaucoup joué. Après cette expérience réussie, il devient même ambassadeur pour une société américaine et président d’une association, l’amenant à prendre la parole très régulièrement.

« J’ai alors voulu mettre en place une action de grande ampleur qui montre aux personnes souffrant de bégaiement que tout est possible » explique-t-il pour justifier sa motivation de créer l'Éloquence du Bégaiement.

 

Le plus grand rassemblement au monde sur le bégaiement

« L’Éloquence du Bégaiement est ouvert à tous. Seul critère : être bègue ! Les sélections fonctionnent sur le principe du "premier arrivé, premier servi" ! » annonce Mounah. Le parcours est alors composé de plusieurs heures d’ateliers et de master classes. Les 6 finalistes bénéficient d’un suivi individuel par un coach, parmi lesquels des formateurs reconnus (Stéphane André, Bertrand Périer, Guillaume Prigent). Le suivi aborde tous les aspects classiques de l’éloquence et ajoute un aspect développement personnel. La finale, sous forme de concours d’éloquence, aura lieu le 23 novembre 2021 au théâtre Bobino. Tout le monde est invité à venir, gratuitement, écouter et voir les participants surpassant leur handicap ou faisant de celui-ci un allié. Les 900 personnes du public feront de cette représentation le plus grand rassemblement au monde sur le bégaiement. Il suffit de s’inscrire sur le site de la billetterie en ligne.

 

L’Éloquence du Bégaiement : c’est prendre la parole courageusement et sincèrement 

« L’Éloquence du Bégaiement sert de cadre aux bègues pour s’accepter et se dépasser » indique Mounah. L’objectif est de changer le rapport au bégaiement, qu’il devienne un ami et non un ennemi, une richesse et non un handicap. Le parcours post-concours de certains finalistes aux précédentes éditions est très illustrant. L’un, anciennement graphiste, est devenu professeur de tennis, un autre est devenu élu municipal. 

« Le concours est avant tout une histoire de collaboration, une entraide » insiste Mounah. Dès qu’ils le peuvent, les anciens participants partagent leur expertise auprès des nouveaux. C’est le cas de Line qui avait reçu le prix du jury en 2020. Sa prestation en alexandrin est à la fois touchante et impressionnante. Les prestations doivent faire preuve de sincérité, les participants doivent oser avoir un discours, authentique, qui leur ressemble. Ce concours d'éloquence porte un message universel : quelque soit sa vulnérabilité, il est important de s'accepter et d’oser affronter ses peurs. C’est la raison pour laquelle la méthode est actuellement en étude pour être transposée sur d’autres handicaps en 2022 : autisme, surdité ou trisomie 21. 

Terminons par ces très belles paroles de Line : « Cette différence c’est la faille qui nous rend humain, c’est ce qui fait notre style, notre essence, notre personnalité, c’est cette respiration dans un monde de perfection, qu’il serait si lisse qu’il serait triste à pleurer. »