Handicap : Prune Nourry nous offre une exposition de sculptures dans le noir

Publié le 12 octobre 2021 (modifié le 20 octobre 2021 à 10h56)
Par Anne-Sophie de Monès
Temps de lecture : 3 mins
Adresse
Galerie Templon, 30 rue Beaubourg , 75003 Paris
Date de l'événement
Du 4 septembre 2021 au 23 octobre 2021

L’artiste Prune Nourry offre une nouvelle réflexion autour du corps à la Galerie Templon à Paris jusqu’au 23 octobre 2021. Dans cette exposition, le public est invité à découvrir, dans le noir, ses sculptures de bustes en utilisant un sens : le toucher. Les yeux bandés tout du long de son travail, l’artiste a elle-même uniquement utilisé son sens du toucher pour sculpter ces portraits d’hommes et de femmes.

Prune Nourry, une artiste pluridisciplinaire 

Dans son travail à travers la sculpture, la performance ou la vidéo, Prune Nourry aborde principalement des sujets tels que la bioéthique, la fertilité ou le corps des femmes à travers le monde et plus largement, le statut du genre humain. Lors de sa première exposition Toit et moi, en collaboration avec son compagnon, le photographe JR, elle avait posé ses sculptures sur les toits de Paris que JR prenait en photo in situ. La plasticienne y a délibérément abandonné ses œuvres, laissant le hasard décider de la suite. Depuis, son art a toujours associé sculpture, installation, performances et vidéo, soulevant des questions éthiques et interpellant notre tendance à la sélection des espèces.

Son exposition Holy Daughters traitait de la condition des femmes en Inde et des avortements sélectifs. Elle a réalisé une armée de Terracotta Daughters, sculptures en terre cuite inspirée des guerriers de Xi’an, qu’elle a exposées à travers le monde. 

Guérie d'un cancer du sein diagnostiqué à l'âge de 31 ans, l'artiste a décidé de partager avec les femmes du monde entier, son expérience cathartique. Son œuvre l’Amazone érogène de la série Catharsis exposée début 2021 au Bon Marché à Paris, faisait écho à son combat contre la maladie. L’installation, directement inspirée de la figure mythologique des amazones, se composait d’un arc gigantesque, d’une cible de 4 mètres de diamètre en forme de sein, et de 888 flèches suspendues dans l’air. 

Elle est également l’auteure des Dîners procréatifs, à travers lesquels elle s’associe à un chef et à un scientifique pour concevoir un repas qui suit les différentes étapes de la procréation assistée, faisant de la fécondation in vitro un cocktail, le choix du sexe de l’enfant un plat principal, invitant ainsi les participants à réfléchir au concept de "l'enfant à la carte". Prune Nourry aime interpeler, elle invite à la réflexion et au débat. C'est une nouvelle fois le cas avec l'exposition Phénix.

mains-prune-nourry-modèlesMains de Prune Nourry et de l'un de ses modèles © Extrait du court-métrage de Vincent Lorca et de Prune Nourry

Un art à l’aveugle pour éveiller le sens du toucher 

Avec ce tout dernier projet baptisé Phénix et exposé à la Galerie Templon, la plasticienne s'est plongée dans l’intimité entre l’artiste et son modèle. Elle a invité huit personnes déficientes visuelles à poser dans son atelier. Yeux bandés, sans jamais les voir - ni avant, ni pendant, ni après - elle a entrepris de réaliser leur buste, à travers le toucher et l’écoute.

Les modèles sont issus de parcours très différents, certains sont aveugles de naissance, d’autres par accident ou maladie, mais tous ont en commun de dépasser leur handicap, à travers leur métier ou leurs actions bénévoles. D’abord modelés à l’argile puis moulés et tirés en terre de feu, ces portraits sont ensuite cuits selon la technique ancestrale dite du Raku. D’origine japonaise, cette cuisson nécessite de plonger la sculpture brûlante dans la cendre dès la sortie du four. Pour découvrir ses sculptures, Prune Nourry a souhaité que les visiteurs soient, eux aussi, plongés dans le noir : ils ne pourront découvrir ses œuvres qu’en les palpant.

Guidé par des bandes podotactiles et une corde d’un buste à l’autre, le visiteur est libre d’explorer avec ses mains chacune des sculptures. En parallèle, l’enregistrement des conversations entre l’artiste et ses modèles est diffusé au-dessus de chaque œuvre. À ce jour, seule la commissaire de l’exposition et quelques membres de la galerie ont vu les sculptures !