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- 20 mars 2017 -

Halte au pessimisme et vive l'optiréalisme !

  • Aujourd'hui, c'est la journée du bonheur. Si nous en profitions pour voir la vie du bon côté ? C'est en tout cas ce que prône l'essayiste Jacques Lecompte, dans son livre, aussi passionnant qu'inspirant, "Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez". Selon lui, à rebours du pessimisme diffusé à longueur de temps, l'optimisme ou plutôt l'optiréalisme pourrait bien être la solution pour voir émerger un monde meilleur. Explications.

    One Heart : Le titre de votre livre a de quoi interpeller : "Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez". Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

    Jacques Lecomte : Le point de départ du livre, c'est la découverte du rapport de l’Onu sur les objectifs du millénaire. Ce rapport fait le bilan de 15 ou 25 ans d’évolution de la planète. Il en résulte que, depuis 2000, il y a eu une amélioration très significative de l’état de l’humanité. Par exemple : plus d'un milliard de personnes sont sorties de la pauvreté, l’enseignement est en très forte augmentation, la mortalité maternelle et infantile ont été divisées par deux en vingt-cinq ans. Si cela continue au rythme actuel, la faim devrait être éliminée de la surface de la terre en 2030, alors que la population est en augmentation. Cela n’a jamais pu être envisager d’une manière aussi réaliste dans toute l’histoire de l’humanité. 

    Vous avez aussi constaté des améliorations sur le plan environnemental...

    Le problème de la couche d’ozone est virtuellement résolu. Les industriels produisent 2 % de produits nocifs pour l'ozone comparativement à ce qui se faisait il y a trente ans. Résultat : le trou se referme. Mais ce n'est pas encore résolu. C’est pour cela que je dis virtuellement. Le problème est réglé mais les produits nocifs mettront très longtemps à disparaître dans les hautes sphères. Le trou sera entièrement fermé en 2050 et peut-être même avant parce qu'il semble que ça va plus vite qu’on ne le croyait au départ.

    Par ailleurs, la déforestation a nettement diminué. En France, par exemple, la forêt a retrouvé son niveau du Moyen Âge. Et chaque année, il y a 50.000 hectares de surface forestière supplémentaire, soit cinq fois la taille de Paris.

    D'où tirer-vous tous ces chiffres ?

    Je me suis basé sur des rapports de l’Onu, de l’Unicef, de la FAO, sur des études scientifiques. Il n’y a rien d’inventé.

    Pourquoi a-t-on plutôt tendance à penser le contraire, que tout va mal ?

    C’est essentiellement le fruit des médias. Ils considèrent qu’ils ont surtout intérêt à présenter ce qui va mal. Cette orientation idéologique peut être contestée. Je prends un exemple : des enquêtes ont montré que les gens pensent que la criminalité augmente. Or, elle diminue partout dans le monde. En France, par exemple, les homicides en région parisienne ont été divisés par trois en vingt ans.

    Dans une planète qui comptera bientôt 8 milliards d’habitants, il y a inévitablement des crimes, des attentats. Mais on a tendance à se focaliser sur cette violence alors qu'elle diminue. Elle prend même plus de place qu'avant. On sait en effet que la part des faits divers augmente dans les médias. Donc, forcément, les gens pensent que la criminalité augmente.

    Pour vous, le pessimisme présente des effets néfastes. Quels sont-ils ?

    L'alerte sur les problèmes a, dans un premier temps, un côté positif. Car il ne s’agit pas de se cacher la tête dans le sable, il est important d’être alerté. C’est le rôle des associations militantes, relayées par les médias. Mais à un certain niveau, ces informations négatives provoquent du rejet et de l’immobilisme. Autrement dit, si on m’innonde tous les jours de mauvaises nouvelles, j'aurai tendance à penser que je ne peux rien faire.

    Aux Etats-Unis, des travaux ont révélé que montrer beaucoup d'informations catastrophistes sur le réchauffement climatique augmente le nombre de climatosceptiques. Cela produit l'effet exactement inverse de ce qu’on souhaiterait. 

    Maintenant, il y a quelque chose de plus problématique encore. Des études ont montré que l'abondance de mauvaises nouvelles incite les citoyens à choisir des responsables politiques autoritaires. En gros, ils se disent : puisque nous, nous sommes impuissants, il va falloir que les problèmes soient pris en main par des puissants. Et plutôt des puissants qui ont des politiques autoritaires.

    À rebours, vous prônez l’optimisme ou plutôt l’optiréalisme. Pouvez-vous expliquer ?

    C’est un mot que j’ai inventé. Un certain nombre de personnes croient que les pessimistes sont réalistes. Je prétends le contraire : les pessimistes ont plutôt tendance à baisser les bras, or, ce n’est pas du tout réaliste que de se résigner.

    L’optiréalisme, c’est l’association de l’optimisme et du réalisme. Mais pas de n’importe quel optimisme. Ce n'est pas un optimisme de l’attente béate, tout va bien ou tout va aller bien demain, c’est un optimisme de l’engagement actif. Et le réalisme, c’est justement de considérer que si l'on s’engage de façon active, nous avons de bonnes raisons d’être optimiste pour l’avenir.

    Qu'est-ce qui vous fait dire que l'optimisme pousse à l'engagement ?

    Dans une étude, on a montré à des personnes des photos de lacs asséchés ou d’ours polaires isolés sur un tout petit glaçon, c’est-à-dire des images plutôt angoissantes liées aux effets de réchauffement climatiques.

    Quand on a demandé à ces personnes, qu’est-ce que ces images génèrent chez vous au niveau des comportements ? La réponse était : "Moi, je ne peux rien faire."

    Inversement, lorsqu’on présente des photos d’éolienne, des photos de transports en commun, etc, cela génère un plus fort sentiment de pouvoir agir et, à terme, des comportements éco-citoyens. Donc, on voit bien qu’il est préférable de présenter les problèmes de l’environnement avec des solutions, des solutions que chacun peut mettre en application. 

    Dans votre livre, vous dites : "Les bonnes nouvelles peuvent émerger si chacun fait sa part." C’est-à-dire ?

    Faire sa part, cela peut être dans la vie quotidienne. Par exemple : privilégier les transports en commun, participer aux débats sur internet, faire attention à sa consommation d’éléctricité, manger moins de viande car on sait qu’il y a un lien direct entre la consommation de viande en occident et la déforestation en Amazonie…

    Sur le plan professionnel, cela peut être des enseignants qui vont essayer de mettre en place l’apprentissage coopératif plutôt que compétitif. En tant que journaliste, cela peut être de faire ce que l’on appelle du journalisme des solutions. En justice, je me suis beaucoup intéressé à ce que l’on appelle la justice restauratrice, basée sur des rencontres facilitant l'empathie de l'agresseur vis-à-vis de la victime.

    En somme, il y a beaucoup de choses à faire. Un de mes prochains livres, sur lequel je travaille depuis 10 ans, parlera de politique positive et montrera à quel point la coopération, l’empathie, la bienveillance, la confiance, le respect d’autrui ont des vertus positives dans toutes sortes de domaines des politiques publiques. 

    Dans votre ouvrage, vous citez Yann Arthus-Bertrand, Alain Bougrain-Dubourg, Jean-Claude Guillebaud, Edgar Morin... En quoi ces personnalités sont-elles des exemples d'optimisme  ?

    Si on prend Yann-Arthus Bertrand, par exemple, il a dit une phrase intéressante : "Les deux choses les plus précieuses au monde sont l’amour et l’imagination. Et ce sont deux ressources renouvelables."  Il a aussi dit : "Il est trop tard pour être pessimiste." Yann Arthus-Bertrand a fait plusieurs ouvrages pour alerter sur les problèmes, mais il est également tourné vers les solutions. Edgar Morin, lui, a fait des livres dans lesquels il appelle à une société de fraternité, de convivilité.

    Toutes ces personnes ont compris qu'il ne suffit pas de faire du militantisme contre, mais qu’il est urgent de faire du militantisme pour. 

    "Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez", de Jacques Lecomte. Éditions Les Arènes. 220 pages. 17 €.

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