"Comme tout le monde" : ce documentaire va renverser vos préjugés sur les jeunes sans-abri

Par Entourage, le 08 juin 2017

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Comme tout le monde suit et raconte les histoires de trois jeunes sans-domicile, Kenny, Loubna, et Mickael. Ce documentaire nous a bouleversé. Nous l'avons vu en avant-première et en avons profité pour interviewer l'équipe du film.

Lundi soir, nous avons assisté à l'avant-première du film Comme tout le monde , un documentaire d'une heure sur la jeunesse sans-abri. Nous avons pris une vraie leçon. Avouons-le : nous arrivions avec quelques idées reçues. Les jeunes sans-domicile sont englués dans leur malheur. Ils boivent, sont coupés du monde, ne s'intéressent pas à grand chose. C'est tout autre chose que nous avons vus.

Nous faisons la connaissance de Kenny, Mickaël et Loubna. Les deux premiers vivent dans la rue depuis plus de dix ans. La troisième a dormi dehors elle aussi, mais a été hébergée de longs moments chez sa petite amie et par des associations. Tous les trois, "frères et soeur de coeur", se retrouvent régulièrement à Paris, au pied du Centre Pompidou. Nous les suivons sur une période de trois ans, de 2013 à 2016.

Mickael est passioné par l'architecture. La première chose qu'il est allé voir en arrivant à Paris ? La pyramide du Louvre. Et quand il ne parcourt par la ville ou la France, il dessine. Loubna nous a impressionné par sa force de caractère et sa joie de vivre. Elle se sépare de son amie et se retrouve contrainte de retourner à la rue ? "Ce n'est pas un retour à zéro. Je reviens plus forte", déclare-t-elle à la caméra. Kenny est fan de littérature, de science-fiction surtout. Les trois tomes des Fourmis, de Bernard Werber, il les a "bouffés" en quelques heures quand il était en prison.

La prison justement, l'alcool ou encore la violence font aussi partie du documentaire. Les réalisateurs, Philippe Dinh et Patrick Muller, n'ont pas cherché à "nier la réalité". La nuance permet de ne pas tomber dans un autre piège : la glorification et donc la déshumanisation des personnes sans-abri. Celles-ci dérapent, ratent parfois leur objectif... Comme nous tous, non ? 

Dans la forme aussi, le film nous surprend, en bien. Pas de mise en scène, de sensationnalisme. Il évite l'écueil de concentrer le sujet sur les problèmes matériels. Le sujet principal : la parole de Loubna, Kenny et Mickael via laquelle ils nous racontent des morceaux de vies, leurs désirs, leurs échecs, leurs joies, leurs amours... Autant de témoignages qui sucitent chez nous l'émotion, l'empathie.

Grâce à tout cela, le documentaire réussit son pari. Bousculer nos préjugés et surtout réhabiliter l'humanité et l'identitié tros souvent bafouées des jeunes sans-abri. 

Nous avons profité de la projection pour interviewer l'équipe du film, réalisé en partenariats avec le Huffington Post, Publicis et Entourage  : Philippe Dinh, réalisateur, Julien Billion, sociologue et producteur et Mickael Branchet, un des trois jeunes sans-abri du documentaire.

One Heart : Vous avez intitulé le documentaire "Comme tout le monde". On imagine immédiatement que votre objectif est de nous faire changer d'avis sur les personnes sans-abri...

Philippe Dinh, réalisateur : Le titre est tiré d'une citation de Mickael. ["On ne demande qu’à vivre, et être respecté, à essayer de s’en sortir,  aller de l’avant... comme tout le monde..." NDLR]C'est un titre un peu provoc', qui reflète l'ambivalence des témoignages : les jeunes veulent à la fois être comme nous mais pas comme tout le monde. 

Mickael dit "comme tout le monde" à deux reprises. La première, lorsqu'il donne la raison pour laquelle il veut adhérer à ce projet : il veut, pour résumer, montrer que les SDF sont comme tout le monde. Et vingt minutes avant, il dit la difficulté d'avoir un appartement. Il n'en veut pas et, pour cette raison, il n'est pas comme tout le monde.

Julien Billion, sociologue et producteur : Etre comme tout le monde, rentrer dans la norme, c'est aussi pour eux un objectif. On le voit dans le documentaire. C'est ça qui est intéressant : le parallèle entre l'objectif et la réalité. Laquelle est quand même très différente, souvent, de la réalité de tout le monde.

C'est-à-dire ?

Mickaël Branchet, un des trois jeunes sans-abri du film : Quand on est à la rue, on n'est pas comme tout le monde. Les gens soit-disant normaux, c'est plutôt métro-boulot-dodo. Nous, on a une autre vie.

Dans quelle mesure voulez-vous être comme tout le monde ?

Mickaël Branchet : On voudrait être vus de la même manière que les gens soi-disant normaux. Beaucoup de personnes se retrouvent dehors parce qu'ils n'ont pas été écoutés. Personne n'a cherché à savoir pourquoi. On classe vite les gens. A partir du moment où la personne se met à faire la manche, c'est finit pour elle...

Avez-vous, vous-même, été victime de préjugés ?

Mickaël Branchet : Plein de fois. Après, je laisse chacun se regarder avant de juger.

Quels sont les préjugés les plus récurrents ?

Mickaël Branchet : T'es fainéants, t'as rien envie de faire.

Julien Billion : T'es sale, alcoolique, drogué. Tu ne veux pas travailler.

Philippe Dinh : Dans le documentaire, Mickael dit : "Je ne veux pas forcément avoir une vie comme tout le monde, mais être respecté comme tout le monde."

Selon vous, pourquoi les idées reçues sont-elles aussi résistantes ?

Mickaël Branchet : Parce que les gens ont peur, ne connaissent pas, ne vivent pas notre situation. C'est l'éducation aussi. Des gens ont entendu leurs parents dire : "ce sont des clochards, ils ont des maladies..." 

Philippe Dinh : C'est une question de norme aussi. Dès que l'on sort de la norme, on est jugé. A titre très personnel, je pense que la société a besoin, à un moment, de pointer du doigt un mouton, un bouc-émissaire, sur lequel on va se jeter. C'est un mécanisme tristement naturel.

Julien Billion : C'est une manière de se valoriser à travers des personnes qu'ils considèrent comme inférieures.

Mickaël Branchet : C'est exactement ça, on nous considère comme inférieurs.

Quels seraient, selon vous, les solutions pour briser la glace entre les passants et les personnes vivant dans la rue ?

Philippe Dinh : Entourage [L'application Entourage connecte les riverains entre eux pour les aider à agir contre l'isolement des personnes SDF de leur quartier. NDLR]. C'est marrant, il y a deux ans, on se disait déjà : il manque une solution digitale. Aujourd'hui, utiliser le collaboratif pour aller à la rencontre des personnes en difficulté est, selon moi, une bonne idée. Entourage est notre partenaire justement parce que la première difficulté à laquelle ils font face, sur le terrain, c'est le préjugé. 

Julien Billion : L'autre solution : montrer les sans-abri autrement. C'est tout l'objectif du film.

Mickael Branchet : Les gens pensent que l'on veut rester dans la rue. Alors que non. Pour ma part, c'est spécial... Je ne veux pas être dans un endroit fixe. Il faut aider les gens avant même qu'ils ne tombent dans la rue. On ne donne pas, à tout le monde, les moyens de s'en sortir. 

Comment est-né le projet de ce documentaire ?

Julien Billion : J'ai fait une thèse sur ce sujet. Le support de l'écrit est de moins en moins attirant. Je trouvais que basculer sur un support film-vidéo, surtout pour ce type de sujet, hyper visuel, permettait de toucher un plus large public, de retransmettre des émotions parfois difficiles à mettre à l'écrit.

Comment avez-vous choisi les protagonistes ?

Julien Billion : Avec Kenny, Mickael et Loubna, on se connaît depuis une dizaine d'années. On s'est rencontrés à la Clairière, association de prévention spécialisée à Paris. J'y étais éducateur. On est restés en contact, même quand j'ai continué mes études. Ils ont des personnalités et histoires différntes. C'est cela la force du film. Quand on pense SDF, on se dit qu'ils sont tous pareils. Or, le documentaire montre qu'il y a une vraie diversité.

Vos caméras ont suivi ces jeunes pendant trois ans. Pourquoi une période aussi longue ?

Julien Billion : Filmer les sans-domicile sur un temps précis, ça n'a pas de sens selon moi. À la fin, il y a trois histoires différentes, mais en réalité, il y a des histoires dans l'histoire. Parce qu'il y a tellement de rebondissements, de chutes, des remontées, de déplacements...

Mickael, que vous a apporté le documentaire ?

Mickael Branchet : De pouvoir m'exprimer. De raconter ce que je vis au jour le jour.

Quel est l'avenir pour le documentaire ?

Philippe Dinh : On va essayer de le proposer à des chaînes. On vient juste de le terminer. Publicis nous a aidés à faire la post-production. Il y aura aussi des projections-débats dans les écoles, collèges, lycées, mairies... Avec Kenny, Loubna et Mickael s'ils le souhaitent. Le but est de montrer le film à différents types de publics. Au cinéma ? On l'espère. On est en contact avec des distributeurs, on saura un peu plus tard comment ça peut fonctionner.

Pour voir le teaser du documentaire, c'est par ici .

Photo : Kenny et Loubna / capture d'écran du teaser. 

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